Recuerdos de la Alhambra- Fransisco Tarrega

Au détour de la cathédrale de Salamanca, le souffle chaud de la brise de l’après-midi nous transporte quelques notes de musique lestées de leurs lots d’émotions ibériques vous prenant véritablement aux tripes… Invitation au voyage pour quelques ‘Souvenirs de l’Alhambra’. Saben tocar la guitarra esos españoles !

Une folle journée, merci Erasme (part I)

Lever à 9h00 du matin après une nuit d’un sommeil enfin réparateur. J’ignorais encore que j’allais vivre une journée extraordinaire, comme détachée du temps et remplie de petits de clins d’œil et de signes s’enchainant avec bonheur. A l’instar du berger andalou de l’Alchimiste de Paulo Coelho, les signes existent et se dévoilent uniquement aux yeux de celui capable de les reconnaître en chemin mais surtout de pouvoir les interpréter. Le hasard auquel je ne crois désormais plus, me fera croiser la route d’une sympathique vénézuélienne originaire de Cáracas et résidant actuellement à Madrid, assise à la table voisine au petit déjeuner de mon petit hôtel ‘Los Reyes Católicos’. Royale bénédiction pour une rencontre forte en émotions. Ainsi, plusieurs fois au cours de mes voyages ou mes séjours à l’étranger, la chance me fut donnée de vivre ce genre de rencontres hors du commun me laissant au passage une petite trace indélébile gravée au fond de mon cœur et me rappelant que les trésors de joie et d’amitié partagés entre citoyens du monde, même brièvement, sont universels et inoubliables…

J’entame la conversation et après un quart d’heure, je lui propose de m’accompagner pour effectuer la promenade touristique de Salamanque en petit train car nous souhaitons toutes deux prendre quelques photos de la ville de l’autre côté du pont romain. Elle s’apprêtait à faire un petit jogging et change d’avis pour m’emboîter le pas ! Là, ce fut sa première bonne décision de la journée, moi celle de ne pas m’être levée plus tôt, au risque de n’avoir jamais eu la chance de la rencontrer…. Et ce fameux parcours en train, nous ne l’accomplirons finalement pas aujourd’hui car  « l’Homme propose et Dieu dispose », comme elle le dira si bien dans la langue de Cervantès, qu’elle domine avec ce charmant accent latino-américain dont j’ai, de temps en temps, un peu de mal à déchiffrer les variantes lexicales les plus subtiles. Tant de choses allaient bousculer notre programme et le cours d’une journée peut suivre des méandres inattendus… Quelle joie de vous les conter à présent !

Nous voilà donc fraîchement copines en partance pour de belles aventures sous un soleil radieux et déjà chaud. Nous cheminons à travers les ruelles de la vieille ville nous menant vaille que vaille vers la Plaza Mayor. Première pause photo pour poursuivre rapidement jusqu’à la place de la Cathédrale. Le petit train n’arrive que d’ici 15 minutes, juste le temps de pénétrer à l’intérieur de celle-ci. Nous profitons avec bonheur de la fraîcheur qu’elle nous offre et telles deux minuscules fourmis nous arpentons ses ailes latérales parcourues sur toute leur longueur par les piliers à colonnes adossées en pur style gothique flamboyant culminant à plus de 45 mètres de hauteur. La solennité émanant de l’expression picturale et architecturale religieuse propre à cette fervente Espagne en ajoute encore à  la majesté de ce lieu sacré et nous laisse quelques secondes sans voix. Plongée chacune dans nos pensées admiratives, nous nous laissons happer par la délicatesse d’un détail de telle chapelle au retable polychromé, par la mine douloureuse et réaliste d’une piéta de bois sculpté, par les subtiles volutes d’une ornementation incrustée dans le plafond de la nef centrale ou par un prêtre couronné par ses angelots en communion directe avec l’Au-delà et célébrant sa messe… Mais déjà les minutes se sont envolées et il nous faut à présent retrouver la fournaise de la Place Anaya pour notre circuit en train.

A notre sortie, un peu hésitantes nous croisons la route d’un charmant monsieur d’un âge certain qui interrompt nos conversations pour nous préciser que le train part bien du lieu même où nous nous trouvons. Je pense qu’il s’agit là d’un guide non-officiel tentant à nous vendre ses services à la dérobée mais peu à peu  mes craintes s’envolent et une réelle complicité s’installe entre lui et nous. Il s’appelle Manuel et nous convainc bien vite de le tutoyer, lui le professeur d’Histoire-Géo dans les classes de ‘Bachillerato’, l’équivalant de notre rhéto. Avide de faire la connaissance de notre improbable duo, ses yeux verts rieurs nous invitent à poursuivre la conversation sur des sujets plus culturels pour une balade improvisée à travers la vieille ville. Les dés sont jetés, la journée s’annonce déjà mémorable !  En l’espace d’une heure et demi, moi qui pensais promener ma solitude dans les vieilles ruelles de la Belle Salamanque, me voilà embarquée avec deux parfaits inconnus, dont je pressens déjà qu’il fallait qu’ils se trouvent sur ma route. Comme un air de pratique intensive de l’espagnol qui flotte déjà autour de moi ! En effet, bien qu’il revienne de très loin, j’ai la chance de pouvoir le pratiquer avec un salmantin au parfait castillan !

A présent, notre professeur nous emmène en contrebas de la cathédrale pour nous faire découvrir le jardin de Calisto y Melibea, les Roméo et Juliette ibériques imaginés par Fernando de Rojas à la fin du XVème. Cette oeuvre majeure, qu’est ‘La Celestina’ de son vrai titre et publiée pour la première fois en 1502, demeure l’un des fleurons de la littérature espagnole renaissante, juste après El Quijote. Le personnage principal en étant la mère maquerelle, ancienn prostituée et organisant des rendez-vous secrets entre les deux amants. L’histoire n’ayant jamais véritablement été située géographiquement, on la supposa se dérouler à Salamanque, ville dans laquelle avait étudié et principalement résidé l’auteur. Selon la légende, le parc baptisé du nom de ses personnages serait le jardin de la maison de Melibée, dans lequel se passait les torrides rencontres. De nos jours, il constitue un vrai petit havre de paix et de verdure, abritant une fontaine, des vignes et un puits d’amour au dessus duquel les amoureux d’une autre époque viennent sceller leurs serments les plus secrets. Quelle coïncidence que ce petit clin d’œil, moi qui avait étudié l’œuvre originale avec ma prof d’espagnol à Louvain !!! Inutile de dire que j’avais sué des gouttes en déchiffrant cette ‘tragi-comédia’ dans un espagnol du XVème, relativement hermétique pour la novice que j’étais alors. A ce propos, histoire de vraiment me replonger dans la littérature, française cette fois, Manuel lance le sujet après m’avoir demandé ce que j’avais étudié en Belgique et en Estrémadure. Et je lui parle alors de mes cours d’Erasmus et aborde mon sujet de mémoire, ne m’imaginant pas un seul instant qu’il connaissait André Maurois…Sur le vif, il me répond qu’il avait lu ‘Climats’ en français de son jeune temps ainsi que pas mal d’articles critiques à son sujet et qu’il avait adoré cet auteur. J’ai vraiment halluciné tandis que dans mon petit entourage belgo-belge, qui connaît encore Maurois ?!

Et ce fameux petit parc surplombant la rivière ‘Rio Tormes’ constitue en fait l’ancien rempart de la ville duquel il nous est loisible d’admirer une magnifique vue sur la partie orientale de la ville. Mais il est temps de remonter quelques ruelles pentues pour nous diriger vers la magnifique et non moins célèbre façade de l’université de Salamanca, un chef d’œuvre de dentelle de grès doré, pur style plateresque du XIII ème siècle. Hélas, un échafaudage – mais pas trop dérangeant tout de même- ne nous autorise pas à pouvoir l’admirer dans son entièreté. Manuel nous conte alors les heurs et malheurs des héros mythiques ornant cette tapisserie de pierre, nous rappelant quelques scènes religieuses ornant la splendide façade, ainsi que les deux médaillons principaux représentant les rois catholiques pour terminer sur le symbolisme de la fameuse mascotte de la ville : la  grenouille posée sur un crâne. (cf.  l’article posté plus loin.) Nous poursuivons et tombons sous le charme, Naudii et moi, d’un bouquiniste dont nous poussons la porte avec envie. Quel cadre charmant, on dirait l’antre d’un vieil écrivain d’un autre siècle, remplie de  chefs-d’œuvre de la littérature espagnole et internationale ! J’y retrouve mon inoubliable ‘Pepita Jimenez’, sorte d’équivalant de  ‘Le Diable au corps’ de Radiguet, version espagnole avec pour protagonistes principaux : un prêtre amoureux et la belle Pepita, qué caliente! La même puissance des sentiments amoureux décrits de façon chirurgicale et sans compromis. Naudi, de son côté se lance pour un Flaubert, en version espagnole, encore une Emma Bovary, dirait-on !

Nous terminons nos emplettes et sommes bientôt de retour au point de départ quand soudain mon attention se voit captée par quelques notes de musique familières résonnant avec éclat entre les murs de la petite place de. Un guitariste nonchalant, assis contre la façade de la cathédral joue l’un de mes morceaux de guitare favoris (après Aranjuez) : ‘Recuerdos de la Alhambra’ du fameux compositeur espagnol Fransico Tárrega, avec son fameux trémolo toujours prêt pour vous plonger dans sa nostalgie andalouse.  Un petit sourire de plus que la Vie m’esquisse aux portes d’une Cathédrale…Je songe alors cette étrange impression que chaque nom de ruelle, de statue, de vitrine ou autre guitariste impromptu, au même titre que mes joyeux accompagnateurs participaient à la renaissance secrète de cette étudiante de Filología románica  que je fus dans ce pays surprenant et tellement romantique.  Par ces mystérieuses correspondances, ‘tout’ dans cette folle journée semblait me distiller cette délicieuse essence de jouvence dont je m’abreuvais avec ravissement, comme si une sève nouvelle parcourait désormais mes veines. 

Salamanca l’estudiantine

Arrivée à 17h00 dans la magnifique Salamanque après 3 heures de bus depuis Madrid, équivalant à ma sieste de l’après-midi. Ville délicieusement dorée par la couleur de son grès rehaussant les façades d’art plateresque renaissant et mondialement célèbre pour son université fondée en 1218 aussi réputée que celles d’Oxford ou de Bologne à cette époque médiévale. Déjà conquise par Hannibal au III siècle de notre ère, Salamanque devint rapidement un point de ravitaillement important sur la fameuse ’Ruta de la Plata’, route romaine de l’argent longue de plus de 1000 kilomètres qui reliait, du Nord au Sud, les mines des Asturies ( à Oviedo) et Séville en Andalousie. Par conséquent, cette ville de province bouillonne depuis autant de siècles d’influences diverses, capitalisant sur le savoir accumulé par autant de cerveaux du passé…Une ville chargée d’énergie juvénile sans cesse renouvelée et dont l’Histoire transpire à travers ses édifices plus majestueux les uns que les autres à chaque coin de rue. En l’occurrence, je me souviens surtout de cette ambiance estudiantine, poussée à son paroxysme au mois d’octobre, quelques semaines à peine après la rentrée universitaire…Des milliers d’étudiants venus du monde entier s’y côtoyant en toute décontraction (et bien plus encore 😉 pour venir s’imprégner de la culture estudiantine autochtone. Ainsi, des temps immémoriaux virent naître la fameuse congrégation de ‘las tunas’ (et ce dans tout le pays), l’équivalent de nos cercles estudiantins ou des régionales, perpétuant chants et rites particulièrement hermétiques au banal passant et bien ancrés dans leurs traditions médiévales. En outre, ils revêtent un accoutrement digne de l’époque des ménestrels (jusqu’au chapeau à plume ;-)) qui vous feraient presque sourire mais, à les côtoyer de plus près, leur rend presqu’aussitôt un caractère sacré ! Tout de velours noir vêtus et arborant fièrement leurs cocardes colorées ainsi que des rubans de soie propres à chaque faculté, ils viennent conter fleurette aux belles étrangères ou aux candides passantes sur un air de mandoline ! Quel romantiques ces espagnols, surtout lorsque leur yeux pétillent et qu’ils se mettent à vos genoux, attaquant de plus belle leurs notes les plus nostalgiques…Quel souvenir ! A mille lieux de la drague un peu basique des italiens! Ici se cultive délicatement l’art de séduire la Femme, dans l’esprit courtois, avec retenue et avec tout le respect qu’il lui incombe. Jamais au grand jamais je n’ai essuyé ici les commentaires graveleux ni les pièges à nanas que toute femme a dû subir un jour ou l’autre en se promenant dans les rues de Rome ou de Florence !

Et me voilà enfin sur la splendide ‘Plaza Mayor’ – l’une des plus belles d’Espagne- datant du début XVIII ème siècle et bâtie sous l’égide du roi Felipe V pour récompenser sa population après la Guerre de Succession. D’un style homogène, elle est due aux frères Churriguera et abrite dans sa partie la plus élevée et la plus chargée ‘El ayuntamiento’, l’hôtel de ville, égayé par quelques joyeux drapeaux. Elle se trouve ceinturée par des galeries à arcades décorées par des médaillons représentant les rois d’Espagne, les conquistadors et autres personnages célèbres ayant participé à la grande Histoire du pays, jusqu’au très controversé dictateur, Franco dont le visage dût encaisser, et non pas par hasard, de nombreuses dégradations au fil des ans.

19h30, quel délice de siroter ma première sangría sur l’une des terrasses de la majestueuse place dans la chaude lumière du soleil couchant sublimant à l’occasion la pierre de grès doré des façades. C’est l’heure propice pour les espagnols venant goûter un peu de fraîcheur après la fournaise de l’après-midi mais surtout après leur sacro-sainte ‘siesta’ ! En effet, ici-même sur la Plaza Mayor, le temps semble s’arrêter en douceur et pour notre plus grand bonheur, les vents du soir se donnent rendez-vous à heure fixe après avoir franchi les 6 arcades d’où partent les principaux axes de la ville. La place fut également le théâtre de nombreuses corridas jusqu’à la fin du XIXème siècle mais ce samedi soir, ce sont les groupes d’enfants, les brûlages de culottes chamarrés ou des couples de mariés venant poser pour leur photographes qui ont remplacé les taureaux…Je songe alors à la dernière fois que je m’étais attablée ici, lorsque entre étudiants de tous pays, nous avions dégusté un cru de ‘la Rioja 1994’, dont, malgré l’inexpérience de mon palais et de mes jeunes années, je me souviens encore… Deux allemandes, un espagnol, une japonaise et une petite belge avions décidé de refaire le monde, l’espace d’une soirée, sans oublier les traditionnelles tapas, offertes par la maison avec la bouteille et dont on jette les restes sans vergogne à même le sol! ‘Salud’

Souvenir de péripéties romaines

Rome- octobre 1998

Dernier lever à Bruxelles, franchement matinal d’ailleurs : 5 h 00 du mat, ce n’est pas tous les jours que j’ai la chance d’admirer un aussi beau lever de soleil qu’en cette aurore de canicule du haut de ma terrasse woluwéenne ! Mon taxi m’attend déjà en bas de mon appart, il est 6 heures tapantes. Bien trop prévoyante qu’à l’accoutumée, je tuerai une heure et demi d’attente sur le banc de l’aéroport de Charleroi, dans les brumes de mon état semi-comateux. Vol sans le moindre souci si ce ne sont quelques fortes turbulences une demi-heure avant l’atterrissage à Madrid-Barajas.

Quatorze ans plus tôt mon arrivée en terre ibérique fut quant à elle bien plus épique… Trois jours de fous venaient de précéder le lancement de ce fameux Erasmus sur orbite. Et pour cause, je m’en rappelle encore comme si c’était hier. Un vendredi de septembre à Rome qui m’avait vu terminer une journée mémorable dans la voiture des carabinieri lancée à toute vitesse dans les rue de la Ville Eternelle (jamais j’ai cru que j’en sortirai vivante d’ailleurs ;-)) et devoir annuler l’avion de l’avant-soirée qui devait me ramener à Bruxelles pour assister le lendemain au mariage de ma cousine à Courtrai. Pour des raisons trop longues à détailler ici, ma mère et moi avons cru pouvoir prendre un dernier vol pour Bruxelles et avions par conséquent tenté de nous frayer un passage jusqu’à l’aéroport, à bord de notre camionnette lancée vaille que vaille dans l’enfer du trafic romain ! Hélas, la soirée s’acheva sur la conclusion suivante : il nous faudrait dormir à même le sol de notre fourgon sur l’un des parkings souterrains de Fiumicino pour être certaines de ne pas rater l’avion !!! On dirait presque un scénario de Woody Allen 😉 Belle nuit réparatrice que nous avions passé d’ailleurs…Ensuite, premier vol du samedi matin, ma cousine nous attendait vers 11h00 car je faisais partie de sa suite. Un bagage perdu en soute plus tard, ma mère n’avait plus de quoi s’apprêter pour la cérémonie…, bref, le cauchemar et de mon côté, j’avais sauté dans un bain, pour sauter ensuite en petite tenue dans une voiture prêtée par une amie et que ma mère avait été récupérer entre-temps. En toute discrétion (hum), je me suis habillée, coiffée, maquillée dans cette golf décapotable dont la capote laissait filtrer le vent et je me rappelle encore la tête des gens qui nous croisaient sur la route 😉 Encore heureuse, j’avais pas laissé filer les vêtements par les fenêtres !

Après un trajet Bruxelles-Courtrai digne d’une belle course de Fanggio – ma mère s’y connaît en la matière-, nous sommes arrivées bien trop tard dans l’église, essoufflées, au moment où l’assemblée avait retrouvé silence…Entrée franchement remarquée avec toute plus d’une centaine de personnes vous dévisageant froidement, et mon cavalier du jour, l’air ébahi, n’en croyait pas ses yeux quant ma tante a fait passer mon large chapeau noir et blanc de mains en mains, avant d’atterrir sur ma tête, sous le rire amusé des invités alentours… çà ne s’invente pas ! Fiesta jusque 4h00 du mat et lorsque j’ai émergé le dimanche midi des vapeurs alcoolisées de la veille, je n’avais certes plus été capable de lire l’heure du vol  de mon Bruxelles-Madrid de l’après-midi. Il me restait 5 heures pour boucler les préparatifs de mon Erasmus…ambitieux projet que d’embarquer les 1001 objets de mon quotidien jusqu’à Noël car je venais de passer 8 jours à Rome, surtout en ce qui me concerne  (petit clin d’œil à ceux qui savent que j’embarque même ma planche à repasser en vacances)!!! Mais à quoi bon, certaines périodes de ma vie ont souvent ressemblé à ce TGV que j’ai  vainement tenté d’attraper en route…C’est juste un peu de fun en plus  ! Et pour le ratage final : Mon ami Vincent me conduit à l’aéroport et quand j’arrive au desk, je m’effondre quasi sur place quand j’entends me répondre que l’heure de décollage supposée était en fait l’heure d’atterrissage à Madrid !!! Et vas-y que je fais sauter la Visa, déjà bien mise à mal à l’époque !!! Aïe, aïe, aïe…Finalement je décollerai le lendemain matin, les poches un peu plus légères, la valise un brin plus lourde 😉 Madrid-Cáceres me voici bientôt sur vos terres pour conquérir le trimestre académique à venir, olé !

Prélude à mon auberge espagnole

Cáceres- octobre 1998

Me revoilà sur ce troisième blog de voyage, mordue par cette furieuse envie de reprendre ma plume et mon appareil  photo, comme à chaque fois que j’enfourche un sac à dos en parfaite aventurière. Certes, je pars nettement moins loin que la dernière fois, mais ce prochain voyage deviendra assurément le parcours initiatique dont j’ai besoin en ce moment. Retour aux sources sur la piste d’un séjour Erasmus qui m’avait enchantée voilà déjà presque 14 ans au pays du Quichotte, mais aussi l’envie de revoir ses êtres, ses lieux et ses paysages que j’avais apprivoisés et qui m’arrachèrent quelques larmes quand vint le temps de les quitter. Ou alors est-ce plutôt le besoin pressant de clore un chapitre de ma vie pour en ouvrir un autre, Dieu seul le sait?

Voici donc déroulé sous vos yeux un petit morceau de ma belle Espagne dont je tenterai de vous brosser le portrait par touches éparses, au travers de ses multiples facettes souvent méconnues du grand public. L’Espagne, c’est tellement plus qu’un cordon de sable doré défiguré par des murs bétonnés et polluée chaque été par une faune rougie venue du Nord s’abreuvant de bière et de sangría. Sur le vif, là, je vous poserais ses grandioses montagnes et notamment la magnifique Sierra Nevada, mais aussi ses côtes plus sauvages au Nord-Ouest dignes des plus beaux paysages de Bretagne, ses milliers d’hectares d’oliveraies typiques des paysages de Castille, sans oublier les vignobles de la Rioja, ni ses pâturages d’Estrémadure à perte de vue dont seuls les troupeaux de vigoureux  taureaux foulent encore les herbes roussies. Tant de châteaux mystérieux, de pueblos typiques, de villes trépidantes à découvrir, sans oublier ce brassage de population d’un bout à l’autre de la ‘piel de torro’ mêlant culture et traditions fascinantes aux improbables courants architecturaux dont on s’imprègne en toute désinvolture au cœur des villes telles Barcelone, Séville ou Madrid.

Et puis, il y a aussi ou plutôt surtout ma ’petite perle’ : Grenade la magnifique et la mauresque, véritable ode à la beauté sous toute ses formes. Dernier bastion arabe reconquis par les rois catholique à la fin du XVème siècle et dont le caractère visionnaire parvint à préserver de la destruction – malgré leur fervent catholicisme – le plus bel héritage architectural arabo-andalou en Europe : le Palais de l’Alhambra ainsi que ses jardins me figurant ceux de l’Eden.  Mais il y aura aussi quelques états d’âme en vrac, sans quoi ce récit demeurerait purement touristique et ne serait pas vraiment ‘mien’. Puissent les seuls vrais intéressés éprouver l’envie de me suivre dans cette escapade plus culturelle que balnéaire, décidée sur un coup de tête !

En pour cause, les circonstances qui avaient précédé mes deux précédents blogs étaient certes bien différentes de celles que je vis aujourd’hui…Par deux fois, une porte professionnelle s’étant refermée derrière moi, mes exils lointains s’apparentaient à de vagues tentatives de récupération d’une énergie vitale qu’il me semblait avoir définitivement perdue dans cette cruelle société de la rentabilité maximale. Et l’Asie me semblait l’unique continent capable de me faire ressusciter à moi-même. L’Espagne profonde incarne pourtant un vrai dépaysement pour quiconque ose s’éloigner des côtes !

D’ici trois semaines à peine, la vie professionnelle reprendra ses droits avec son cortège de joyeuses surprises et de rencontres, mais également  avec son lot de fatigue bien naturelle causée par une absorption à trop fortes doses d’informations de tout poil. Pour la seconde fois au cours de ma courte carrière, guidée par une intuition inconnue et ultra positive, je me réjouis de franchir les portes de ma boîte le 3 septembre prochain ! Peut-être était-ce parce que, lundi dernier, par ses questions décalées, mon futur  boss m’avait-il révélé inconsciemment sa personnalité de financier humaniste doublée d’une intelligence émotionnelle remarquable affleurant au travers de son regard azur? Ou alors parce qu’au travers du sourire de ma future collègue, chanteuse lyrique de formation j’avais capté une complicité naissante ou peut-être tout simplement parce qu’une petite voix au plus profond de moi murmurait : « Vas-y, fonce, c’est ici que tu dois bosser ! » Mais l’heure n’est heureusement pas encore à la rentrée des classes, plutôt à celle du sac à dos !

Et si je pars sur un coup de tête, c’est pour me hâter de succomber très vite, une fois encore, aux grandes passions de ma vie : voyager, lire, écrire, photographier… L’envie me taraudait depuis quelques temps déjà mais c’est grâce au joyeux remue-ménage que j’opère dans mon appartement depuis deux semaines qui, par un heureux hasard, m’a fait retrouver pléthore de souvenirs d’Erasmus et de lettres manuscrites datant de cette fameuse année académique 1998-99 ! Je suis même retombé sur les vieilles cassettes audio que je me passais en boucle à l’époque. Quel fabuleux moment que celui qui me fit découvrir pour la première fois le Concierto d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo interprété par John Williams chez mon amie belge professeur à l’université de Cáceres. Pratiquement le seul morceau au monde capable de me faire pleurer quand je ne suis pas triste !  Les trois mouvements contiennent toute l’Espagne en son sein: tantôt mêlé de joie intense, au cœur d’une population allègre lors d’une feria andalouse ou plus subtil, lorsque dans ses arpèges les plus tristes la guitare vous transporte au-dessus des moulins de Don Quichotte pour flirter avec une jeune et délicieuse clarinette, près de Tolède.  Ensuite une dernière envolée ardente que viennent célébrer quelques trompettes, vous soulève au-dessus des vastes plaines arides d’Estrémadure écrasées par un soleil de feu. Nostalgie quand tu nous tient !

Castille, la Mancha et Estrémadure, (et peut-être Cordoue)  me revoici bientôt entre vos bras, 14 ans plus tard sur la piste de ce fol Erasme, pour retrouver ces quelques visages perdus de vue depuis trop longtemps, conquérir vos chers paysages dans les pas d’une étudiante rêveuse dont la fougueuse jeunesse me rappelle à elle pour de ne pas oublier celle que je fus, et ne pas troubler celle que je suis en train de devenir, avec impatience !

Je ne pourrais conclure ce prélude sans un petit texte me tenant particulièrement à cœur. Il sort lui aussi de mon remue-ménage et me rappelle l’époque où je l’avais croisé dans une vieille imprimerie des Baux-de-Provence, du temps de ma folle jeunesse au cours de l’été 1994. Le texte célèbre en l’occurrence  La Jeunesse…d’esprit  et l’auteur en est Samuel Ullman, poète et homme d’affaire américain du XIVème siècle!

A JEUNESSE N’EST PAS UNE PERIODE DE LA VIE ; ELLE EST UN ETAT D’ESPRIT , UN EFFET de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort. On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années : on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort. Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande, comme l’enfant insatiable : « Et après ? » Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie. Vous êtes aussi jeune que votre foi, aussi vieux que votre abattement. Vos resterez jeune, tant que vous resterez réceptif ; réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini. Si un jour, votre cœur allait être mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard. 

Fiesta española – Grammont mars 1999
Visite à Isabelle à Barcelona – novembre 1998
Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer