
La quête des bergers andalous
Voici le moment venu, en ce début d’hiver, pour clore ce merveilleux voyage initiatique, inoubliable et surprenant à plus d’un titre. Voici l’occasion rêvée de laisser libre cours à mon esprit fugueur, réclamant constamment quelques élucubrations ‘philosophico-psycho-spirituelles‘ pour me sustenter, davantage encore pour faire vibrer l’univers particulier de mes souvenirs, toujours avec intensité ! Au fil de ces solaires pérégrinations déroulant sous mes yeux la beauté brute de tant de paysages méridionaux, après tant de conversations impromptues autour d’une assiette de tapas, c’est un peu de sang de cette bergère andalouse qui coule désormais dans mes veines. Une bergère toujours prête à parcourir les sentiers du monde en quête d’un trésor dont elle ignore toujours le nom et qui se réjouit d’avoir croisé la route de toute sortes de personnages bienfaisants en des lieux enchanteurs chargés d’histoire et de mystères séculaires.
Malgré sa volonté farouche pour que se rejoignent enfin les chemins ibères brûlés par le soleil avec ceux de l’esprit éthérés et vagabonds, celle-ci ne semble pas avoir encore réalisé combien les trésors les plus inestimables se logent souvent à portée de mains, parfois juste en-dessous de sa propre couche.
Comme le disait Bulwer :‘ On peut voyager très loin, mais le bonheur se trouve toujours dans des limites étroites, à notre portée immédiate’.
Certes, le goût de l’inconnu et de l’aventure demeure toujours le plus fort car ses itinérances solitaires engendrent d’invisibles moissons d’instants précieux récoltés à l’ombre d’une oasis dont on ne se lasse guère du dépaysement et du recul qu’elle offre à notre existence. Les sentiers du monde nous livrent leurs ineffables trésors dont les détours ne sont jamais tracés par hasard…Outre son penchant pour l’exotisme, elle affectionne davantage sa collection de perles nées de rencontres humaines intenses, toujours impromptues, qu’aucun guide de voyage, aucune carte de papier jamais ne renseigne. Guidée par sa bonne étoile ou par une main invisible, oser se fier à son intuition pour affronter la mystérieuse destinée des rencontres et des lieux, sans jamais oublier que l’Homme propose et Dieu dispose ! Prendre le chemin de droite et embrasser tout ce qu’il nous proposera, c’est renoncer à tous les potentiels que pourrait nous offrir celui de gauche. Choisir, c’est renoncer mais c’est surtout s’engager et devenir enfin responsable. C’est donc suspendu sur une fragile passerelle, que le voyageur s’en remet toujours à la Providence risquant l’aventure d’une vie et décide de mettre un pied devant l’autre en demeurant ouvert à tous les possibles qu’elle lui offre…
Ne dit-on pas que les bergers et les bergères préfèrent, à la douceur d’un foyer, la clarté du firmament en guise de toit infini pour communier en parfait ermite avec leur Feu intérieur ; que la source de leur bonheur réside dans le mystère de ces territoires vierges et immenses faits d’oliveraies et de maquis impénétrables qu’ils n’exploreront sans doute jamais ? A l’aube de chaque nouvelle transhumance, avec la fraîcheur de ses dix-huit printemps, son esprit nomade l’incite à garder grandes ouvertes les portes de son âme pour glaner en chemin foule de signes, d’enseignements et de petits bonheurs impromptus. Le cœur toujours en jachère, elle a traversé tant de paysages mais n’y a certes pas encore croisé la route d’un ‘Alchimiste’ . Celui-là même qui aurait distillé quelques précieux indices tout au long du chemin et auxquels elle se devait de rester attentive, vaille que vaille. Par bonheur, elle n’eut besoin de conquérir les secrets de fabrication de son « or » pour s’enrichir le cœur de quelques joyeuses expériences de vie au pays du Quichotte ! Depuis son adolescence sommeille au plus profond d’elle-même cette intime conviction, celle qu’au milieu des déserts les plus arides et les plus inhospitaliers, les mirages prennent un jour la forme d’une réalité rafraîchissante, inespérée et toujours inattendue. Chacun.e rencontre un jour sa Vérité brute, telle la l’alchimie opérant entre Rose et un Petit Prince tombé d’une étoile par inadvertance au beau milieu du désert. Et cependant, les bergères peuvent s’affranchir de tout, sauf peut-être de l’Amour, de la Liberté surtout.
» Elle s’installa à l’ombre d’un sycomore et le vent se remit à souffler. C’était le vent qui venait d’Afrique. Il n’apportait pas l’odeur du désert, ni la menace d’une invasion des Maures. En échange, il apportait un parfum qu’elle connaissait bien et le murmure d’un baiser, qui arriva doucement, tout doucement pour se poser sur ses lèvres. L’Alchimiste se tenait devant elle silencieux. Leurs regards échangèrent un sourire bienveillant et sans un seul mot, ils se remercièrent de s’être retrouvés, enfin ! »
La ‘Fortuna’ et la loi de résonance
Comme j’ai adoré cette étrange compagne de voyage prénommée ‘Fortuna’ -en latin- , qui me fit croiser la route des uns et des autres aux quatre coins du monde, en particulier ici en cette nostalgique terre d’Espagne où chaque rencontre fit résonner dans mon sillage un univers différent. Naudíi, Professor Manuel, Ángel, Maria-Jésus y los Reyes magos…Tous presque issus d’un conte biblique, où êtes-vous en cet instant précis ? Que faites-vous de vos rêves, de vos envies, de votre ‘Vie’ à l’aube de cette nouvelle année 2013 ? Merci pour votre joie, pour votre sourire pour ces partages de vie un peu trop courts et que j’emporterai pour toujours au Royaume de mes souvenirs ! Et de ‘Là-Haut’, une vue aérienne imprenable donnant sur votre existence et celle de millions d’autres fourmis s’affairant d’un point à un autre et répétant à l’envi leurs desseins porteurs ou leurs habitudes délétères, nourrissant une vision optimiste ou non et tant de passions sublimes ou ravageuses, pour le meilleur et pour le pire ! Tant de chemins divers et variés forgent le cours d’une existence teintée de noir ou de rose, dans leurs nuances les plus subtiles et cependant si différente d’un berceau à l’autre.Et pour tous, ce même vaste horizon : la quête du ‘Bonheur’, vaine et incertaine pour les uns ou joyeuse et résolue pour d’autres et pour tous la volonté de progresser aujourd’hui, maintenant, tout de suite, car c’est là notre seule et unique prise sur le cours de nos jours…
Et pour cause, mon voyage espagnol fût-il enchanteur parce que je l’avais façonné tel que je souhaitais le vivre ? Y ai-je reconnu davantage de signes ou croisé des gens meilleurs que d’autres si je ne les avais déjà point attirés à moi consciemment ou non ? Peut-être que ces lieux chargés d’histoire et de symboles divers entraient spontanément en résonance avec mon univers romanesque, mais surtout parce je les portais en mon sein depuis ce jour où, des larmes plein les yeux, je quittai mon Espagne d’Erasme et tous ceux que j’y avais apprivoisés par une matinée ensoleillée de mars 1998 ? Une seule et unique loi s’applique à tout être et à toute chose : la loi d’attraction universelle ou de la résonance vibratoire. Car tout est « Vie-bration » et chaque être voit assurément dans son sillage le reflet de son caractère et de tout ce qu’il projette sur autrui. Ceux qui me connaissent suffisamment savent que je n’aime pas m’encombrer d’esprits chagrins et apeurés pour affronter l’inconnu des grands voyages d’aventures en Asie ou ailleurs. En vertu de la loi d’attraction, la peur attire davantage de peur, le chaos intérieur les rixes et autres mésententes, mais surtout la joie et la bonne humeur attirent encore davantage les circonstances positives propices à la joie. Prenons garde à nos pensées, à nos paroles et au final à nos actes car elles nourrissent nos habitudes et notre caractère et forgent peu à peu le fil de notre destinée ! « Vade retro satanas »
La vie n’est pas un long fleuve tranquille
Mais je ne croyais pas si bien dire car l’équilibre intérieur demeure toujours fragile pour les tempéraments hypersensibles dont je suis. Belles leçons pour une bergère rattrapée en chemin par quelques sortilèges de parcours l’expédiant régulièrement au royaume de tous les désespoirs. Et pour quelques remous imprévisibles, le cours du fleuve impétueux la désoriente pour l’entraîner vers de dangereux écueils, aux antipodes du cap qu’elle s’était farouchement fixé. Lorsque de funestes courants marins y participent, une simple brise de mer lui fait traverser à contre-coeur l’autre côté du miroir, trop facilement en somme, dans les larmes et dans le sang. Quelques secondes à peine pour perdre la barre du navire et ‘se perdre’ aux confins de mers inhospitalières dont on ne revient jamais ou alors seulement à demi…Mais que nous reste-t-il comme voie de secours ? Subir le déterminisme en suivant le cours ou lutter férocement en ramant à contre-courant pour chercher l’embouchure ? Balayer à jamais nos moindres attentes, écoper une carlingue pour noyer définitivement nos désillusions de parcours ou alors hisser le grand foc et s’en remettre aux vents tous azimuts ? Sommes-nous toujours vraiment seul maître à bord? Certains triomphent des pires tempêtes en grands résilients, d’autres préfèrent célébrer avec résignation, pavillon en berne, le naufrage de leur existence en attendant la noyade ultime… Quel merveilleux malheur (ou bonheur 😉 cette croisière nous inflige ou nous offre, c’est selon ! Cependant, l’énergie du désespoir recèle un pouvoir imprévisible et retors : faire surgir en marge de notre instinct de survie le meilleur de notre nature humaine ou, a contrario, nous laisser emporter par nos plus exécrables turpitudes et déviances, sur lequel je ne souhaite point m’appesantir ici. C’est là le point crucial du quarantenaire commençant enfin à se poser l’une ou l’autre question existentielle !
Certains ne préfèrent pas y songer et d’autres y verront en effet le parfait reflet de leur crise de milieu de vie tandis que pour ma part, j’y retrouve un extrait relativement fidèle de ma croisière en eaux troubles ! Depuis lors, j’apprécie peut-être encore davantage l’idée de pouvoir apprendre à aimer de naviguer en eaux troubles. Comme le disait si bien Sénèque :
« Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu désires ; mais désire que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. »
Ne sommes-nous d’ailleurs pas tous parfaitement doués pour lutter contre vents et marées et tenter de contrôler chaque centimètre de voile et de coque, le moindre cordage ou poulie de notre navire? Et pourtant, la rudesse des océans et du climat nous incite à courber l’échine, à faire preuve d’humilité face aux détours imprévus que nous offre cette inoubliable croisière. Elle nous rappelle surtout notre impuissance face aux accidents de parcours et à tout ce qui ne dépend pas de nous : la perte d’un être cher, une maladie incurable et tout ce qui nous prive inexorablement d’une certaine forme de jouissance physique, morale…Comment apprivoiser ce vide, ce manque? Comment s’approprier un handicap? Comment respirer l’air vicié d’un environnement délétère? Comment survivre aux vicissitudes d’une vie de couple mortifère, à l’emprise d’un parent toxique? Comment nous délester de nos valises ancestrales et de ce que l’on semble traîner d’une vie à l’autre, bien malgré nous ? Comment accepter surtout de perdre le contrôle…?
Cela semble si simple mais notre véritable prison est davantage constituée par l’ensemble de nos croyances limitantes que par les circonstances réelles. Ce sont là les boulets les plus pesants de nos existences mal aiguillées. Notre unique volonté pour nous en départir suffit-elle? Le lâcher-prise, la révision de ces croyances feront-elles le poids pour inverser la tendance ? Mais qu’en est-il des circonstances subies, de la bonne ou mauvaise influence de nos proches, de notre confiance absolue en l’existence et de notre capital génétique, de la chance ou de la malchance ? Et pour ceux qui (comme moi) tentent d’élever le propos pour questionner le principe causal ultime : qu’en est-il de notre karma, de l’inconscient collectif et même de la volonté divine ? Quel est le principe universel premier? Ces questions ouvrent le champ à tous les possibles, aux déserts impénétrables et terriblement attrayants remontant jusqu’à d’autres dimensions que la physique quantique tente d’explorer désormais. Questions passionnantes se posant précisément au carrefour entre la science et la métaphysique. Une chose est certaine : nous ne savons encore que bien peu de choses à ce sujet…Je vous promets, il s’agit-là sans le moindre doute du terreau propice à la création d’un prochain blog. Seul l’avenir nous le dira, mais promis, vous serez prévenus !
Quand l’ombre épousa la lumière…une histoire de verticalité
A l’image du jour et de la nuit, la nature tout entière repose sur une lutte apparente de deux principes opposés et cependant complémentaires pour perpétrer la Vie depuis des temps immémoriaux. Car ne sommes-nous pas constamment écartelés par nos facettes antagonistes, nos paradoxes, par nos parts d’ombres et de lumière ? Notre déchéance intérieure n’est-elle pas le meilleur fertilisant dont notre âme à besoin pour s’élever ? Et tel le combat que se livrent l’Eau et le Feu, le Yin et le Yang, notre conscience semble osciller entre l’apaisante Raison ou la brûlante Passion chère à nos cœurs, emprisonnée par une irrépressible volonté de contrôle, de comprendre ce qui ne le sera peut-être véritablement qu’à la fin ? Une histoire de cerveau droit/cerveau gauche? Rien ni personne ne peut nous souffler la vérité du monde car chaque être humain n’incarne-t-il pas en tous points l’âme du monde en soi, autant que les mystères qui lui sont propres ? La Vérité ne doit-elle pas se chercher au plus profond de notre être, au cœur même de nos blessures intimes, de notre histoire particulière et peut-être se love-t-elle quelque part entre Rien et Tout, entre Passion et Raison, dans cet espace parfois ténu, entre nos joies et nos peines et tous nos points d’amélioration, mais toujours là où l’on ne l’attend pas, entre les mains du ‘Très Haut’… Au final, seuls le chemin parcouru et les obstacles franchis nous dévoileront ‘Notre part de Vérité’, celle qui n’appartient qu’à notre Légende Personnelle et que personne d’autre mieux que nous-même ne pourra apprivoiser. Encore faut-il, comme le disait si bien Coelho, tendre l’oreille pour reconnaître le murmure de notre cœur et de notre petite voix intérieure, tout en faisant taire le tumulte alentour. Restons ouverts à tous les possibles de l’existence, à ce qui nous bouscule positivement surtout et peu importe de quel côté du cerveau car il s’agit peut-être là du chemin de traverse le plus porteur et le plus fécond !
Par bonheur et toujours escortée par ma bonne étoile en laquelle je crois plus que tout, les voyages m’ont surtout permis de prendre de la hauteur pour contempler mon existence d’un peu plus haut, de goûter les énergies d’un environnement en perpétuelle mouvance pour mieux les cataloguer intérieurement . Le voyage, c’est aussi une invitation bien concrète adressée aux âmes cosmiques pour exploiter davantage leurs pieds engourdis et s’ancrer dans la matérialité d’une expédition ; aux âmes un brin trop terriennes, une incitation pour investiguer les hauteurs de l’Esprit et oser apprivoiser la part spirituelle de notre âme, au beau milieu des étoiles. Dans un monde très horizontal, osons davantage de verticalité pour prendre le temps d’explorer ce pilier ‘Terre-Ciel’ au long duquel se mêlent énergies terrestres et cosmiques, composante essentielle de l’aura d’un être équilibré. Il s’agit peut-être ici du voyage le plus crucial d’une vie humaine, le plus périlleux aussi. Et telle une respiration profonde, un mouvement ascendant et descendant jusqu’au tréfonds des cellules de notre ADN, je tente maladroitement une approche, une image, un semblant de définition pour cerner la teneur de cette ‘Quête de soi’, illuminée et même parfois transcendée par le divin. Semailles et moissons au fil d’un voyage intérieur valant tout son pesant d’or pour les esprits qui auront eu l’audace de balayer la peur de leur cœur et oser enfin un ailleurs, autrement. Une exploration qui se vit et se ressent davantage qu’elle ne se raconte… »Chacun sa route, chacun son destin, chacun sa croisière et les embruns qui vont avec »
« Sois en relation avec ton Feu Intérieur. Fais chaque jour un pas pour aller à sa rencontre. Descends en toi-même. Va chercher qui tu es vraiment dans les espaces les plus secrets de ton être. Ecoute la voix du dedans; ose ensuite manifester dans tes actes ce qu’elle te souffle. Et n’oublie pas, l’Amour trouve sa force dans l’audace que l’on met à exprimer ce qui vibre en nous. »
A.van Stappen
Il était une fois une rose et une étoile
Alors, que nous soyons plutôt cosmiques ou terriens il y aura toujours sur notre route une rose à cueillir au bord du chemin, une étoile à décrocher au détour d’un nuage…Monter et descendre, descendre puis remonter, tel est le flux permanent qu’il nous faut suivre depuis hier jusqu’à demain en passant par le temps primordial celui d’aujourd’hui. Pourvu que nous gardions la foi en l’Esprit, en nous-même aussi autant qu’en cet ‘Alter ego‘ différent de ‘Nous’ et venant croiser notre route un jour ou l’autre. Les interactions entre les êtres sont l’essence même de la Vie et forgent la trame de nos destinées. Nos plus belles réalisations sont souvent la résultante d’associations entre deux ou plusieurs personnes, qu’elles soient professionnelles, personnelles ou sentimentales. Et pour cause, l’être humain n’est pas fait pour demeurer seul car la quête de soi, de la sagesses intérieure passe impérativement par l’interaction et le reflet que l’autre nous offre avec plus ou moins d’amour et de bienveillance (ou pas du tout) pour pouvoir précisément monter et descendre le long de ce pilier grâce à cette impulsion de mouvement instiguée bien malgré lui. Cet ‘Alter Ego ‘qui, contrairement au mythe d’Aristophane, viendrait davantage nous compléter par sa vision divergente plutôt que d’incarner notre double parfait, fantasmé et toujours illusoire.
Caressée par la chaude lumière d’une aube naissante, comment une rose impertinente pourrait-elle révéler l’éclat de sa robe de pourpre si, de là-haut, il n’y avait déjà une étoile pour contempler amoureusement son éphémère beauté, ou la désirer dans sa chair, en acceptant aussi ses épines ? Parce que nous demeurons tous reliés, de par nos antagonismes de genres et de caractères, les roses – dans leur parfaite imprefection- ont besoin de la lumière des étoiles autant que les étoiles ont besoin de l’éclat des roses et qu’il en sera toujours ainsi. Mais au cœur de cette pulsation vitale, il est des déchirements qui semblent bousculer à jamais notre chimie intérieure, en milieu de vie plus particulièrement. Ce sont souvent ces moments de crise nous invitant tous et toutes à cette réjouissante mais inexorable perspective d’acclimatation et de recadrage : la nécessité absolue d’une transformation intérieure, d’un brusque élagage seul gage d’élévation de l’âme pour triompher des épreuves et ne pas laisser s’éteindre le feu des passions et des rêves de notre jeunesse. Partir, c’est toujours mourir un peu…c’est accepter que le ciel puisse nous tomber sur la tête mais c’est surtout entrevoir la possibilité de découvrir de nouvelles étoiles pour repartir dans une autre direction !
Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.
C’est toujours le deuil d’un vœu,
Le dernier vers d’un poème ;
Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime.
Et l’on part, et c’est un jeu,
Et jusqu’à l’adieu suprême
C’est son âme que l’on sème,
Que l’on sème à chaque adieu :
Partir, c’est mourir un peu…
Edmond Haraucourt
Et jusqu’à l’adieu suprême, la vie et la mort ne sont-elles d’ailleurs point étroitement liées ? L’une ne peut exister sans l’autre et réciproquement. Nos enfants perpétuent la vie que nos aînés nous ont transmis et c’est en élaguant l’arbre que ses rameaux, abreuvés par une sève nouvelle, peuvent à leur tour renaître plus nombreux, plus touffus que jamais au printemps suivant. Il en va de même pour nos états intérieurs, pour toutes ces habitudes de vie et parfois délétères qui ne sont plus porteuses de sens aujourd’hui. Et lorsque la vie semble nous broyer jusqu’à la moëlle, nous scarifier et nous consumer des pires chagrins, c’est qu’il est indispensable de tirer une leçon de notre expérience, de faire mourir ‘quelque chose‘ de trop encombrant en nous pour pouvoir renaître à autre chose, transfiguré ! La Providence souhaite parfois nous remettre tout simplement sur le bon chemin, celui qui nous élève et nous correspond vraiment. Mais celle-ci n’induit pas forcément la notion de déterminisme de nos existences car liberté de choix peut assurément s’inscrire en son sein. Je nourris l’intime conviction que chaque homme, chaque femme sur terre se doit d’être à l’écoute de sa mission de vie et de son coeur, celle qui précisément forge nos destinées…et que c’est peut-être l’une des rares façons pour ne pas trop les contrarier !?
D’autre part, ne sommeille-t-il pas au plus profond d’entre nous, comme aimait le qualifier Nietzsche, un ‘Surhomme’ ? Avec plutôt et à mes yeux la résonance propre au ‘dépassement de soi’ plutôt qu’à l’anihilissement de Dieu ? Notre entendement perçoit Dieu ou la Providence tel un enfermement mais notre entendement est trop étroit pour pouvoir le cerner réellement. Il n’est pas faux d’affirmer que seuls ceux qui ont le plus souffert osent le rapprochement divin. Les plus belles œuvres de notre patrimoine artistique mondial ne sont-elles pas nées par volonté d’élévation spirituelle et de transcender la douleur? Songeons à l’élégance et au raffinement de certains lustres ou cristaux de verre colorés de Murano ; ne sont-ils pas nés eux aussi sous le doigté habile d’un artiste grâce à la puissance et à la souplesse que lui infligea l’épreuve du feu ? Je laisserai désormais les théories de résilience et de sélection naturelle à Cyrulnik, Darwin, Nietzsche et autres philosophes que le sujet a déjà tant préoccupé depuis des siècles et bien entendu à ce cher Saint-Exupéry, grand explorateur d’âmes et de déserts lointains ! Et quel que soit notre âge, ne laissons jamais notre âme se rider prématurément et osons affronter nos peurs pour cueillir une rose ou une étoile en chemin…
« Il faut encore porter du chaos en soi pour pouvoir enfanter d’une étoile qui danse » Nietzsche
Le voyage, un catalyseur de rêves pour terrasser la routine
Dès lors, le voyage ne deviendrait-il pas l’une des meilleures façons de la dérider, cette fameuse routine, pour cultiver notre curiosité universelle, notre soif de spiritualité pour reconnaître enfin quel est notre « essence-ciel »? Pour ma part, j’en demeure convaincue. Quel type de carburant avons-nous réellement besoin pour nous sentir gorgés d’énergie positive ? Au-delà des cicatrices que le passé nous inflige, les souhaits d’un cœur pur nourris avec ferveur, transcendés par le feu de l’Esprit finissent inexorablement par éclore à même la cendre dans une primeur sans cesse renouvelée. Ceux-ci renaissent alors sous des formes les plus diverses et inattendues, nous délivrant un optimisme insoupçonné et nous transforment radicalement ! Le voyage qu’il soit intérieur ou extérieur devient ce parfait ‘catalyseur’ de rêves, de déclics prometteurs que connaissent les nomades du monde entier, tout simplement parce qu’ils changent constamment de point de vue en explorant les mille et unes facette de la vie et qu’il nous rend plus réceptifs aux signes croisés en chemin. La pire ennemie de notre ‘esprit voyageur’ demeure cette inévitable ‘routine‘ et tout ce qui nous éloigne de notre ‘Moi originel’. Prenez donc gare car elle nous menace tous, tous les jours ! La routine nuit gravement à tous les potentiels de notre âme en devenir car elle laisse s’éteindre peu à peu notre Légende personnelle ! Et fond de chacun d’entre nous, c’est un peu Mozart qu’elle assassine…
–‘Heureux l’homme qui voyage car il enrichit son cœur de trésors invisibles que plus rien ni personne ne pourra jamais plus lui dérober. Le voyage c’est créer un monde neuf au cœur de soi à chaque instant, c’est s’offrir l’inattendu dont on avait besoin et nous poser les bonnes questions nous ramenant à l’essentiel. »
Et pour cause, chaque jour nous apporte son lot de rencontres lumineuses, mais également d’obstacles imprévus, de messages intelligibles ou non qu’il nous faut trier sans relâche. Bien malgré nous, lorsqu’on n’y prend garde, un cortège d’alluvions délétères finit par s’amonceler dans les méandres les plus reculés de nos existences pour façonner à leur guise le lit et le cours de notre fleuve intérieur. Souvent, il nous arrive alors de ne plus nous sentir ‘maître à bord’ et de nous déconnecter de la Vie coulant dans nos veines, des joies qu’elle nous offre et qu’on ne perçoit parfois même plus… Renaître à soi-même pour devenir un Homme ou une Femme libre, c’est la volonté de reprendre notre gouvernail, de ne plus subir d’influences obscures, de manipulations, c’est devenir ou redevenir enfin responsable de nos choix de vie ! Libre à nous tous de laisser les alluvions s’amonceler sur chacune de nos rives ou de les évacuer, pierre après pierre, labeur quotidien, pour laisser le fleuve de notre existence prendre le cours que nous souhaitons vraiment lui instiller. Comme le disait si bien Voltaire dans Candide : « Il faut cultiver son jardin ». Il en va de notre seule et unique responsabilité, de notre volonté surtout !
« Il n’y a jamais de raccourci vers les endroits qui en valent la peine »
Beverly Sills
Nos soleils intérieurs
A présent, tandis que le soleil aura déjà pâli pour ralentir sa course et que les énergies telluriques hivernales seront redescendues au plus-bas, cette bergère andalouse espère que les effets bienfaisants de son voyage distilleront encore ce doux nectar méditerranéen à la morne saison. Méridionale de cœur, elle naquit dans le Nord par accident mais trouva par bonheur quelques remèdes d’un secours inespéré de novembre à avril. Où que fut posé notre berceau sur cette bonne vieille terre, tant d’autres soleils restent à découvrir autour de nous. Apprenons à cultiver en chaque saison nos soleils intérieurs, à inonder nos proches d’enthousiasme, à leur communiquer une passion, à partager un voyage intérieur, qui, loin de les léser, pourraient éventuellement les enrichir et leur donner l’envie d’explorer les leurs. Secret de jouvence et de bonheur à partager avec le plus grand nombre car le vieillissement prématuré de l’âme nous guette tous, à chaque instant. Plus les ans nous éloignent du Royaume de l’enfance, plus notre astre intérieur semble se refroidir inexorablement…Ne cessons jamais de nous débarrasser des alluvions indésirables de notre âme, il en va de notre survie ! Voilà pourquoi, en chaque saison et plus particulièrement en ces froides journée d’hiver, je vous souhaite une déclinaison de petits et grands bonheurs réchauffés par vos soleils intérieurs , jusqu’aux plus insoupçonnés. Projeter un voyage, c’est laisser s’envoler les 1001 rêves d’une évasion merveilleuse pour briser la routine et contrer la grisaille extérieure. Partir en voyage, c’est s’offrir à soi-même et à ses proches la possibilité de les réaliser afin de récolter des moissons d’inoubliables souvenirs mais surtout d’inestimables richesses intérieures qu’aucun argent jamais ne peut acheter. Chaque voyage est unique et nous ressemble un peu puisque nous promenons un miroir tout au long du chemin et qu’il nous renvoie, au fil des paysages, ce qui sommeillait en nous. Mais avant de prendre congé de vous, je vous souhaite à tous et à toutes ce merveilleux voyage, le plus difficile sans doute, celui vous menant jusqu’au bout de vous-mêmes… Je vous souhaite tout simplement : Bon voyage !
« Le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même. »
Confucius





























