
Arrivée à 17h00 dans la magnifique Salamanque après 3 heures de bus depuis Madrid, équivalant à ma sieste de l’après-midi. Ville délicieusement dorée par la couleur de son grès rehaussant les façades d’art plateresque renaissant et mondialement célèbre pour son université fondée en 1218 aussi réputée que celles d’Oxford ou de Bologne à cette époque médiévale. Déjà conquise par Hannibal au III siècle de notre ère, Salamanque devint rapidement un point de ravitaillement important sur la fameuse ’Ruta de la Plata’, route romaine de l’argent longue de plus de 1000 kilomètres qui reliait, du Nord au Sud, les mines des Asturies ( à Oviedo) et Séville en Andalousie. Par conséquent, cette ville de province bouillonne depuis autant de siècles d’influences diverses, capitalisant sur le savoir accumulé par autant de cerveaux du passé…Une ville chargée d’énergie juvénile sans cesse renouvelée et dont l’Histoire transpire à travers ses édifices plus majestueux les uns que les autres à chaque coin de rue. En l’occurrence, je me souviens surtout de cette ambiance estudiantine, poussée à son paroxysme au mois d’octobre, quelques semaines à peine après la rentrée universitaire…Des milliers d’étudiants venus du monde entier s’y côtoyant en toute décontraction (et bien plus encore 😉 pour venir s’imprégner de la culture estudiantine autochtone. Ainsi, des temps immémoriaux virent naître la fameuse congrégation de ‘las tunas’ (et ce dans tout le pays), l’équivalent de nos cercles estudiantins ou des régionales, perpétuant chants et rites particulièrement hermétiques au banal passant et bien ancrés dans leurs traditions médiévales. En outre, ils revêtent un accoutrement digne de l’époque des ménestrels (jusqu’au chapeau à plume ;-)) qui vous feraient presque sourire mais, à les côtoyer de plus près, leur rend presqu’aussitôt un caractère sacré ! Tout de velours noir vêtus et arborant fièrement leurs cocardes colorées ainsi que des rubans de soie propres à chaque faculté, ils viennent conter fleurette aux belles étrangères ou aux candides passantes sur un air de mandoline ! Quel romantiques ces espagnols, surtout lorsque leur yeux pétillent et qu’ils se mettent à vos genoux, attaquant de plus belle leurs notes les plus nostalgiques…Quel souvenir ! A mille lieux de la drague un peu basique des italiens! Ici se cultive délicatement l’art de séduire la Femme, dans l’esprit courtois, avec retenue et avec tout le respect qu’il lui incombe. Jamais au grand jamais je n’ai essuyé ici les commentaires graveleux ni les pièges à nanas que toute femme a dû subir un jour ou l’autre en se promenant dans les rues de Rome ou de Florence !
Et me voilà enfin sur la splendide ‘Plaza Mayor’ – l’une des plus belles d’Espagne- datant du début XVIII ème siècle et bâtie sous l’égide du roi Felipe V pour récompenser sa population après la Guerre de Succession. D’un style homogène, elle est due aux frères Churriguera et abrite dans sa partie la plus élevée et la plus chargée ‘El ayuntamiento’, l’hôtel de ville, égayé par quelques joyeux drapeaux. Elle se trouve ceinturée par des galeries à arcades décorées par des médaillons représentant les rois d’Espagne, les conquistadors et autres personnages célèbres ayant participé à la grande Histoire du pays, jusqu’au très controversé dictateur, Franco dont le visage dût encaisser, et non pas par hasard, de nombreuses dégradations au fil des ans.
19h30, quel délice de siroter ma première sangría sur l’une des terrasses de la majestueuse place dans la chaude lumière du soleil couchant sublimant à l’occasion la pierre de grès doré des façades. C’est l’heure propice pour les espagnols venant goûter un peu de fraîcheur après la fournaise de l’après-midi mais surtout après leur sacro-sainte ‘siesta’ ! En effet, ici-même sur la Plaza Mayor, le temps semble s’arrêter en douceur et pour notre plus grand bonheur, les vents du soir se donnent rendez-vous à heure fixe après avoir franchi les 6 arcades d’où partent les principaux axes de la ville. La place fut également le théâtre de nombreuses corridas jusqu’à la fin du XIXème siècle mais ce samedi soir, ce sont les groupes d’enfants, les brûlages de culottes chamarrés ou des couples de mariés venant poser pour leur photographes qui ont remplacé les taureaux…Je songe alors à la dernière fois que je m’étais attablée ici, lorsque entre étudiants de tous pays, nous avions dégusté un cru de ‘la Rioja 1994’, dont, malgré l’inexpérience de mon palais et de mes jeunes années, je me souviens encore… Deux allemandes, un espagnol, une japonaise et une petite belge avions décidé de refaire le monde, l’espace d’une soirée, sans oublier les traditionnelles tapas, offertes par la maison avec la bouteille et dont on jette les restes sans vergogne à même le sol! ‘Salud’





