
Me revoilà sur ce troisième blog de voyage, mordue par cette furieuse envie de reprendre ma plume et mon appareil photo, comme à chaque fois que j’enfourche un sac à dos en parfaite aventurière. Certes, je pars nettement moins loin que la dernière fois, mais ce prochain voyage deviendra assurément le parcours initiatique dont j’ai besoin en ce moment. Retour aux sources sur la piste d’un séjour Erasmus qui m’avait enchantée voilà déjà presque 14 ans au pays du Quichotte, mais aussi l’envie de revoir ses êtres, ses lieux et ses paysages que j’avais apprivoisés et qui m’arrachèrent quelques larmes quand vint le temps de les quitter. Ou alors est-ce plutôt le besoin pressant de clore un chapitre de ma vie pour en ouvrir un autre, Dieu seul le sait?
Voici donc déroulé sous vos yeux un petit morceau de ma belle Espagne dont je tenterai de vous brosser le portrait par touches éparses, au travers de ses multiples facettes souvent méconnues du grand public. L’Espagne, c’est tellement plus qu’un cordon de sable doré défiguré par des murs bétonnés et polluée chaque été par une faune rougie venue du Nord s’abreuvant de bière et de sangría. Sur le vif, là, je vous poserais ses grandioses montagnes et notamment la magnifique Sierra Nevada, mais aussi ses côtes plus sauvages au Nord-Ouest dignes des plus beaux paysages de Bretagne, ses milliers d’hectares d’oliveraies typiques des paysages de Castille, sans oublier les vignobles de la Rioja, ni ses pâturages d’Estrémadure à perte de vue dont seuls les troupeaux de vigoureux taureaux foulent encore les herbes roussies. Tant de châteaux mystérieux, de pueblos typiques, de villes trépidantes à découvrir, sans oublier ce brassage de population d’un bout à l’autre de la ‘piel de torro’ mêlant culture et traditions fascinantes aux improbables courants architecturaux dont on s’imprègne en toute désinvolture au cœur des villes telles Barcelone, Séville ou Madrid.
Et puis, il y a aussi ou plutôt surtout ma ’petite perle’ : Grenade la magnifique et la mauresque, véritable ode à la beauté sous toute ses formes. Dernier bastion arabe reconquis par les rois catholique à la fin du XVème siècle et dont le caractère visionnaire parvint à préserver de la destruction – malgré leur fervent catholicisme – le plus bel héritage architectural arabo-andalou en Europe : le Palais de l’Alhambra ainsi que ses jardins me figurant ceux de l’Eden. Mais il y aura aussi quelques états d’âme en vrac, sans quoi ce récit demeurerait purement touristique et ne serait pas vraiment ‘mien’. Puissent les seuls vrais intéressés éprouver l’envie de me suivre dans cette escapade plus culturelle que balnéaire, décidée sur un coup de tête !
En pour cause, les circonstances qui avaient précédé mes deux précédents blogs étaient certes bien différentes de celles que je vis aujourd’hui…Par deux fois, une porte professionnelle s’étant refermée derrière moi, mes exils lointains s’apparentaient à de vagues tentatives de récupération d’une énergie vitale qu’il me semblait avoir définitivement perdue dans cette cruelle société de la rentabilité maximale. Et l’Asie me semblait l’unique continent capable de me faire ressusciter à moi-même. L’Espagne profonde incarne pourtant un vrai dépaysement pour quiconque ose s’éloigner des côtes !
D’ici trois semaines à peine, la vie professionnelle reprendra ses droits avec son cortège de joyeuses surprises et de rencontres, mais également avec son lot de fatigue bien naturelle causée par une absorption à trop fortes doses d’informations de tout poil. Pour la seconde fois au cours de ma courte carrière, guidée par une intuition inconnue et ultra positive, je me réjouis de franchir les portes de ma boîte le 3 septembre prochain ! Peut-être était-ce parce que, lundi dernier, par ses questions décalées, mon futur boss m’avait-il révélé inconsciemment sa personnalité de financier humaniste doublée d’une intelligence émotionnelle remarquable affleurant au travers de son regard azur? Ou alors parce qu’au travers du sourire de ma future collègue, chanteuse lyrique de formation j’avais capté une complicité naissante ou peut-être tout simplement parce qu’une petite voix au plus profond de moi murmurait : « Vas-y, fonce, c’est ici que tu dois bosser ! » Mais l’heure n’est heureusement pas encore à la rentrée des classes, plutôt à celle du sac à dos !
Et si je pars sur un coup de tête, c’est pour me hâter de succomber très vite, une fois encore, aux grandes passions de ma vie : voyager, lire, écrire, photographier… L’envie me taraudait depuis quelques temps déjà mais c’est grâce au joyeux remue-ménage que j’opère dans mon appartement depuis deux semaines qui, par un heureux hasard, m’a fait retrouver pléthore de souvenirs d’Erasmus et de lettres manuscrites datant de cette fameuse année académique 1998-99 ! Je suis même retombé sur les vieilles cassettes audio que je me passais en boucle à l’époque. Quel fabuleux moment que celui qui me fit découvrir pour la première fois le Concierto d’Aranjuez de Joaquin Rodrigo interprété par John Williams chez mon amie belge professeur à l’université de Cáceres. Pratiquement le seul morceau au monde capable de me faire pleurer quand je ne suis pas triste ! Les trois mouvements contiennent toute l’Espagne en son sein: tantôt mêlé de joie intense, au cœur d’une population allègre lors d’une feria andalouse ou plus subtil, lorsque dans ses arpèges les plus tristes la guitare vous transporte au-dessus des moulins de Don Quichotte pour flirter avec une jeune et délicieuse clarinette, près de Tolède. Ensuite une dernière envolée ardente que viennent célébrer quelques trompettes, vous soulève au-dessus des vastes plaines arides d’Estrémadure écrasées par un soleil de feu. Nostalgie quand tu nous tient !
Castille, la Mancha et Estrémadure, (et peut-être Cordoue) me revoici bientôt entre vos bras, 14 ans plus tard sur la piste de ce fol Erasme, pour retrouver ces quelques visages perdus de vue depuis trop longtemps, conquérir vos chers paysages dans les pas d’une étudiante rêveuse dont la fougueuse jeunesse me rappelle à elle pour de ne pas oublier celle que je fus, et ne pas troubler celle que je suis en train de devenir, avec impatience !
Je ne pourrais conclure ce prélude sans un petit texte me tenant particulièrement à cœur. Il sort lui aussi de mon remue-ménage et me rappelle l’époque où je l’avais croisé dans une vieille imprimerie des Baux-de-Provence, du temps de ma folle jeunesse au cours de l’été 1994. Le texte célèbre en l’occurrence La Jeunesse…d’esprit et l’auteur en est Samuel Ullman, poète et homme d’affaire américain du XIVème siècle!
A JEUNESSE N’EST PAS UNE PERIODE DE LA VIE ; ELLE EST UN ETAT D’ESPRIT , UN EFFET de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort. On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années : on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort. Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande, comme l’enfant insatiable : « Et après ? » Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie. Vous êtes aussi jeune que votre foi, aussi vieux que votre abattement. Vos resterez jeune, tant que vous resterez réceptif ; réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini. Si un jour, votre cœur allait être mordu par le pessimisme et rongé par le cynisme, puisse Dieu avoir pitié de votre âme de vieillard.

