
Le spectacle de flamenco du samedi soir m’avait obligée à changer mon programme pour la suite du voyage…Hélas, ce que je n’avais pas prévu en arrivant ici – et tels sont les aléas des voyages aventureux car aucun bus, ni train n’opérait sur la ligne Cordoue-Tolède ! Par conséquent, j’étais obligée de repasser par Madrid, ce qui m’aurait fait perdre une nuit, si je rentrais le soir et une demi-journée si je rentrais le matin. Ainsi lorsque Fernando n°1 me proposa de rester le samedi soir pour le spectacle de flamenco, il était clair que je devais me louer une voiture pour rallier Tolède directement, ce que je fis dès le samedi midi à l’agence du Corte Inglès. Après mes visites de la journée évoquées dans le dernier article, je découvris, un peu tard ma foi, un mail de la part de Fernando n°2 me proposant de m’escorter dès le lendemain midi jusque Tolède puisqu’il était encore en congé jusqu’au mercredi suivant et qu’en plus çà lui faisait grandement plaisir de jouer mon guide particulier! Je n’en revenais pas d’avoir vu surgir tant de gens bienfaisants tout au long de ma route et il me proposa d’annuler aussitôt la réservation de ma voiture de location. Ravie, je remerciai ma bonne étoile, celle qui m’avait fait croiser la route de ces mages ! Et pour la suite des festivités, Fernando n°1 vint donc me récupérer vers 22h00 au pied de mon hôtel pour m’escorter à moto jusqu’à l’endroit du tablao de flamenco car le dromadaire étant en panne 😉
Heureusement, j’avais gardé dans mes bagages, au prix de quelques kilos supplémentaires le trousseau de la parfaite andalouse, histoire de me fondre en toute discrétion dans le paysage ! Je troquai alors ma tenue de touriste ‘guirri’ contre une jupe noire fendue à volants furetée dans un bazar de Barcelone voici déjà quelques années, une paire d’élégantes sandales rouge à talons repérées avec envie dans une vitrine de Salamanca, sans oublier ma rose couleur sang piquée dans un chignon plaqué, ni mon éventail de la même couleur! Une touche écarlate sur fond noir, 100% made in Spain, Sangre de toro ! Fernando, un peu surpris par mon total look me complimenta pour cette tenue locale et me glissa avec malice que je ne devais certainement pas ressembler à una chica belga clássica 😉 J’en souris, lui répondant que j’avais sans doute hérité du tempérament ibère d’une vie antérieure…
Et le spectacle fut excellent, l’ambiance gitane assurée par un chanteur-guitariste ‘habité’ par l’âme flamboyante d’un flamenco, presque aussi sacré que la religion et rythmé par les coups de talons endiablés d’une danseuse chevronnée transportée par les accords lancinants de la mélodie! L’endroit est hélas un peu trop fréquenté par les touristes étrangers à mon goût et la sangria goûte plus la cannelle et le mauvais vin que la sangria, l’authentique! En guise de consolation, Fernando m’invite déjà à les rejoindre tous trois en terre andalouse lors de la feria de mai qui donne lieu à des spectacles de flamenco et des corridas les plus colorés et les plus authentiques de l’année…J’en rêve déjà avec quelques mois d’avance ! En effet, une feria andalouse ne se vit qu’au travers de ses coutumes autochtones et de l’esprit de ses habitants. Ainsi fouler ce terroir méridional en tant que simple touriste ne revêt que très peu d’intérêt, encore moins de saveur puisque c’est au sein même des maisons et de leurs patios fleuris que bat le cœur la Feria. Et tout naturellement il insista sur ma présence en me réitérant son invitation dès le printemps 2013, mais très accessoirement sans ‘novio’ 😉 Une heure du matin sonne déjà et il m’entraine jusque sur la Plaza Colón animée par les bavardages de dizaines de córdobeses alanguis par la chaleur estivale de cette fin de soirée afin de savourer une dernière glace, et sans doute pour retenir un peu plus longtemps les derniers instants d’une soirée qu’il souhaitait prolonger…
Vint alors le temps de prendre congé l’un de l’autre et il ne put s’empêcher de me serrer dans ses bras devant l’entrée de mon modeste hôtel. Je le vis ému. Particulièrement touchée par cette tendresse inattendue, teintée de retenue, je perçus en lui les blessures à peine voilées d’un homme fraîchement divorcé- ce qu’il m’avait confié avec pudeur entre deux airs de flamenco-et puis surtout une pointe de regret de ne point pouvoir nous accompagner, Fernando et moi jusqu’à Tolède dès le lendemain. Hasta Luego Fernando ! Et lorsque je le vis pour la dernière fois enfourcher sa moto et s’éloigner peu à peu jusqu’à ce que son feu arrière ait complètement disparu au coin de ma rue, je songeai au caractère hasardeux de nos humbles trajectoires humaines, dérisoires aux yeux du Tout-Puissant, capitales au ‘Royaume’ de nos petit égos et de nos souvenirs… Te reverrais-je un jour ou peut-être jamais ? Dieu seul le sait-il? Parfois seule la confiance aveugle en nos destinées, mais surtout en ce qu’elles nous réservent de ‘Bon’ nous console des chagrins du départ !

