
Ce matin, je décide de visiter la fameuse ‘parte antigua’ en remontant la Plaza Mayor et je tombe sur la fameuse petite Pensión Marquéz qui fut la première à m’héberger à mon arrivée en tierra extremeña! Je me revois ouvrant mes volets le premier jour de mon séjour, aveuglée par la blancheur des façades pour m’émerveiller de la beauté singulière de la Plaza Mayor, hélas encore remplie de voitures à l’époque. Un tel dépaysement me ravissait tandis que mon attachement pour cette charmante ville de province n’allait faire que croître davantage de jour en jour. Hélas, la pensíon n’existe plus depuis pas mal d’années comme me le dira le serveur du restaurant ‘Los Arcos’ où j’avais pris mes quartiers afin de déguster les fameux ‘clamares a la romana’. Par chance, je croise la route d’un groupe de touristes espagnols pour une visite guidée de 2h30 avec une charmante guide prénommée María Jesús qui me fait véritablement découvrir Cáceres d’un point de vue historique pour le première fois ! Il est vrai qu’en 1998, j’étais particulièrement absorbée par le folklore estudiantin, la recherche d’un appartement ou tout simplement par mes cours mais en tout premier lieu par l’apprentissage de la langue de Cervantès…
Et nous te parcourrons du Nord au Sud, d’Est en Ouest, de fond en combles et pour le quart d’heure historique, voici quelques petit anecdotes des siècles passés :
Les origines du premier tissu urbain à Cáceres remontent à l’an 34 avant Jésus-Christ, mais c’est véritablement au XIIème siècle que seront construites les murailles sur leurs fondations romaines. Quelques tours albarranes subsistent encore telles celles de Bujacolesde, de la Hierba et du Horno, sur lesquelles j’ai enfin eu la chance de monter. Se succèdent à cette époque des luttes intenses entre musulmans et chrétiens jusqu’à la fameuse incorporation de la ville dans le royaume chrétien de León en 1229, sous le règne d’Alfonso IX. De cette même époque, date la romantique légende d’une très belle princesse, fille d’un grand seigneur Almohade tombée éperdument amoureuse d’un preux chevalier chrétien, en pleine Reconquista. Au vu de cette délicate situation, la princesse musulmane, qui avait refusé maints prétendants de sa confession religieuse, se devait à tout prix de garder secret le motif de son tourment à son père. Mais un jour, la belle parvint à fixer un rendez-vous galant avec l’élu de son cœur, lui précisant un lieu très particulier afin que personne ne pût les voir, ni les reconnaître. Il s’agissait d’un passage sous-terrain donnant accès directement à la ville fortifiée et tandis que les souvenirs de la délicieuse nuit passée dans les bras de son chevalier n’avaient encore rien perdu de leur intensité, l’heure de la trahison avait déjà sonné ! Ce dernier s’empressa de communiquer le lieu précis du talon d’Achille de la cité, portant encore à cette époque le nom arabisant de ‘al Qazrish’. Peu de temps plus tard, les armées chrétiennes assiégèrent la ville qui tomba finalement entre leurs mains le 23 avril 1229, jour de la Saint-Georges. En larmes, l’infortunée princesse finit par se confesser auprès de son père mais la colère de ce dernier n’eut pas son pareil car, par un étrange pouvoir maléfique, il la transforma en poule blanche, l’enfermant dans son ‘Algibe’, la réserve d’eau sous-terraine de son palais. Et depuis lors, chaque année, d’aucuns racontent qu’en se promenant le soir de la San Jorge dans les ruelles de la Parte antigua, l’on peut croiser une belle jeune fille en pleurs dont émane une lumière blanche ! Et pour perpétuer légende et traditions, tous les 23 avril, on brûle le dragon de San Jorge sur un immense bûcher de la Plaza Mayor et deux œufs en or sont cachés quelque part entre tes murs…
C’est donc à partir du XIII ème siècle que seront bâties de nombreux palais et demeures seigneuriaux autour de la Plaza Santa Maria et San Mateo qui connaîtront leur plus grande splendeur sous le règne des Rois Catholiques durant la seconde moitié du XVème siècle. Ces derniers résidèrent par deux fois dans le magnifique ‘Palacio de las Golfines de abajo’ présentant des éléments typiques de la maison- forteresse gothique de ce siècle, dont une superbe galerie de toit mélangeant style plateresque et gothique. Tant d’autres légendes circulent au sujet du caractère bien trempé de la Reine Isabelle et de ses diverses prises de position. Et plus particulièrement celle concernant l’interdiction à tous les seigneurs des lieux de raser leurs tours afin qu’elles ne pussent dépasser une certaine hauteur, mais surtout pour mettre fin à leurs querelles et rivalités d’égos ! Rien de neuf sous le soleil… La Reine se serait également chargée de recoudre elle-même un drapeau déchire aux couleurs de son Royaume après avoir demandé un fil et une aiguille à son hôte dans la chambre de la fameuse Casa de los Golfines. J’entends tellement parler de toi, grande Reine Isabelle, que j’ai parfois l’impression que nous ne tarderons pas à te croiser au détour d’une ruelle!
Casa del Sol, Casa de los Becerra, Palacio de las Veletas abritant le musée de Cáceres et ton obscur ‘Aljibe’ sous-terrain, église jésuite de San Jorge au sommet de laquelle j’irai enfin scruter de près les nids de cigognes installés sur tes deux tours, sans oublier la ‘Juderia vieja’, le vieux quartier juif, je veux tout voir et cette fois-ci, j’ai enfin tout vu !!! Et ce subtil mélange d’influences islamiques, romanes, gothiques et renaissantes que l’on devine au fil de notre parcours font de ton architecture une cité unique au monde ! Un folle énergie se dégage de toi car tant d’actes et de scènes de vie d’un autre temps se sont succédé dans tes étroites ruelles, Cáceres. Comme j’aime cette idée que les pierres possèdent une âme et que chaque génération d’êtres humains, chaque existence heureuse ou malheureuse puisse léguer, par une mystérieuse transfusion de leur âme aux murs de leurs maisons, une parcelle de ce qu’elle fut autrefois dans le bien comme dans le mal. Antiques demeures qui, dans leur existence minérale, les ont vus grandir, apprendre, aimer, souffrir, partir, revenir, vieillir, devenir sage et puis repartir pour toujours…Et siècle après siècle, autant de sédiments accumulés par moult générations passées pour former l’âme et l’aura d’une cité. Car ne ressentons-nous donc jamais les murmures qu’un lieu chargé d’histoire nous susurre à l’oreille ?

