A room with a view… 5, Calle Hernando de Soto

Après cette visite culturelle, je décide de pousser la nostalgie un peu plus loin en retournant jeter un coup d’œil à mon ancienne adresse : Calle Hernando de Soto dans ce quartier calme mais pas trop éloigné des lieux de sorties favoris des étudiants d’alors. Je me laisse emporter par le dédale de ces ruelles familières et peut-être encore davantage par le souvenir intuitif de ce chemin que je parcourais à pieds deux fois par jour pour rejoindre la faculté de philo et lettres de l’autre côté de la ‘parte antigua’. A un jet de pierres de la Plaza Mayor, je retrouve la Plaza Marrón un peu en contrebas et la vitrine de son petit disquaire qui a aujourd’hui disparu. Et puis soudain, sans même l’avoir réalisé, mon ancienne rue descendant légèrement vers la gauche me tend les bras…Elle me semble morne et bien plus sale qu’à l’époque : détritus, ambiance délavée et presque puante relevée par les nombreux graffitis qu’arborent tristement toutes les portes de garages du quartier. Me voilà enfin devant la porte du numéro 5 lorsque mes doigts impatients retrouvent rapidement la sonnette familière. Aujourd’hui ce n’est d’évidence plus Jaime Váliente Blásco qui habite à la tercera planta. Je sonne et la voix d’une femme me répond rapidement. Je lui explique mon histoire de nostalgie Erasmus et elle me fait monter sans la moindre hésitation. L’escalier a perdu de sa superbe car les azulejos des murs ont depuis lors été retirés et j’ai du mal à le reconnaître dans ce piteux état… Le désenchantement de ma chanson adorée : ‘la Bohème’ m’envahit alors, un peu comme lorsque Aznavour découvre que les lilas de son ancien atelier de Montmartre sont morts !

Mais soudain, la porte s’ouvre et j’accueille non sans émotions les souvenirs se bousculant sur ce pas-de-porte! En une fraction de seconde, j’y retrouve mon ancien ‘piso compartido’, ce beau duplex de 8 chambres et tous les détails de son aménagement intérieur avec son carrelage intégral propre aux habitations du Sud. Je demande à mon hôtesse si cela ne la dérangerait de me faire monter pour retrouver quelques instants ma chambre d’étudiante. Elle est colombienne et vit ici depuis trois mois à peine. En effet, deux autres propriétaires se sont succédé avant elle depuis 1998 et me souffle qu’elle ne connaît hélas pas encore bien la ville! Comme de coutume à Cáceres, elle loue également ses chambres à des étudiants et vit dans le petit appartement privatif du second étage avec son mari et son fils. Et soudain, un ange passe : Ángel, un de ses locataires, prof de sport d’abord très sympathique et donnant son cours estival à des étudiants pendant tout le mois d’août. Il m’offrira son escorte jusqu’à mon ancienne faculté de lettres, ayant hélas également déménagé pour de vastes bâtiments modernes, un peu à l’écart de la ville, en passant par l’église de San Jorge que je n’avais jamais visitée…C’est ma promenade du lendemain.

Sans plus attendre désormais, je gravis les trois volées d’escalier et me sens quelque peu troublée par les souvenirs du passé remontant les uns après les autres telles des bulles bienfaisantes remontant à la surface de ma mémoire. Remarquant mon trouble, Diana la colombienne me précède et me montre la cuisine et ensuite notre ancienne salle à manger-salon grande, assombrie par les persiennes à moitié baissées. Trois canapés massifs et sans goût au tissu bariolé trônent toujours au milieu de ce salon démodé et j’y revois soudainement projetés mes colocataires comateux de l’époque s’y affalant pendant leur trop longues siestes de l’après-midi. Et pour cause, hiver comme été, je les trouvais très fainéants, eux que je savais entourés douze mois sur douze par tant de beautés architecturales. Sans exception aucune, ils préféraient assurément écraser leurs tristes mégots en contemplant les murs décrépis d’une terrasse sans âme, parfaitement insensibles aux trésors méconnus de leur cité séculaire classée patrimoine mondial par l’UNESCO ! Comme le dit le vieil adage : ‘Nul n’est prophète en son pays’!

Recouvrant mon orientation, je lui apprends que ma chambre se trouvait juste au bout du couloir que nous arpentions. Voilà, j’y suis, alors j’ouvre enfin la porte de cette petite chambre mansardée, plus tranquille que les autres puisque un peu à l’écart, face à la buanderie. Aujourd’hui repeinte en vert-de-gris, elle me semble plus petite et terne que lorsque je l’occupais. Cette triste couleur lui conférerait presque l’aspect d’une cellule de cloître et me semble devenue une chambre d’appoint, dépourvue d’affaires personnelles. Le store vénitien rabattu sur un petit Velux assombrit davantage encore la pièce et je demande à mon hôtesse si cela ne la dérange pas d’ouvrir la fenêtre de toit pour faire entrer la lumière du jour , mais surtout pour redécouvrir ‘la belle vue’ donnant sur la parte antigua dont je ne m’étais jamais lassée. Elle s’exécute et je prends quelques photos pour m’asseoir sur le lit en compagnie de son charmant gamin. D’autres vies, d’autres énergies habitent les lieux désormais et cet espace clos me semble si différent de ce que j’en avais fait autrefois : mon petit bureau blotti dans le coin droit éclairé par ma lampe halogène, toujours envahi par mes cours de littérature et les nombreux livres. Une petite étagère murale en bois peint où j’avais posé mes parfums, bijoux et autres trésors de jeune filles, le tout chaleureusement éclairé par la lumière tamisée de mes deux petites lampes de chevet. Sans oublier mes deux beaux plaids dans les tons ‘rose’ posés négligemment sur mon lit sur lesquels on pouvait lire ‘Home is where the heart is’, et achetés à la sauvette pour me réchauffer pendants les froides nuits de décembre et janvier. A cette époque de l’année, l’appartement se transformait littéralement en glacière car il n’était chauffé que par des petits braseros électriques disposés à côté des lits et que nous allumions par intermittence pour chauffer la pièce avant de pouvoir trouver le sommeil au coeur de ce supplice hivernal. Je me rappelle si bien des réveils impitoyables lors de ces matins d’hiver glacial, tandis qu’en ouvrant les yeux la buée me sortait de la bouche et qu’à cet instant bien précis, j’aurais donné tout l’or du monde pour me téléporter sur la chaude moquette de mon studio à Bruxelles ! Il y avait bien sûr mes nombreuses photos de voyages placardées sur les murs, celles de mon dernier séjour à Rome, mes photos de famille et d’amis, sans compter les innombrables bibelots utiles et inutiles que j’avais achetés sur place en pesetas sonnantes et trébuchantes dans quelque boutique de la Canovas ! Le besoin irrépressible tellement compréhensible de me reconstituer un cocon de douceur aussi loin des miens et de mes habitudes belges. Tout ce décor à présent envolé à jamais subsiste cependant dans les moindres détails au royaume de mes souvenirs, pour toujours. Je lui demande alors de me laisser seule quelques minutes seule pour un recueillement tant attendu…

Qu’il est doux de revenir aux sources du passé pour s’y abreuver sans modération! Ô Romantisme quand tu m’enchaînes corps et âme à ton Royaume fait d’illusions et de célèbres Chimères, comment pouvoir échapper à ce cocktail d’endorphines ? Certes tu me les fournis sans effort par le truchement d’un simple cortège de pensées passéistes, constamment amplifiées par mes lectures romantiques de l’époque : ‘Pepita Jimenez’ ou les affres de la passion ravageuse entre un prêtre et une femme de caractère ! Moi pour qui chaque lieu, chaque objet, chaque être revêt tant de significations, de symboles et recèle presque un univers à lui seul…toujours complexe. Comment ne pas y succomber une fois de plus, avec délice? Me revoici aux portes de ce royaume fallacieux prête à me lover dans mes rêveries d’étudiante amoureuse et mes tourments excessifs que je nourrissais avec ferveur lorsque, chaque soir et non sans mal, je tentais de rejoindre les bras de Morphée… Un tout petit shoot d’endorphines romantiques, c’est si bon!

Et pour cause, les aléas du destin m’avaient obligée à laisser derrière moi un ‘cher et tendre’ rencontré un mois avant mon départ du Plat Pays dans quelque soirée ‘bibitive’ de la faculté de médecine. Son regard d’un bleu-vert transparent avait croisé le mien et m’avait transportée d’un seul coup aux confins d’une région que j’avais préféré quitter prématurément : la raison. Il m’avait transpercé le cœur surtout et je venais de me laisser prendre au piège d’un coup de foudre destructeur. Bien que tortueux et torturés, je ne comprenais pas encore pourquoi ces nouveaux paysages dédiés aux esprits romantiques s’étendant à perte de vue étaient presque tous désertés par mes pairs. Ainsi pour mon plus grand plaisir ou mon pire trépas, s’offraient à leurs confins les plaines brûlantes d’une passion dévorante entourées de petits lacs plus rafraîchissants et parfaitement adaptés pour y noyer toutes sortes de cogitations et divagations amoureuses. Et pour cause, à grand renfort d’ouvrages, mes études de littérature m’aidaient à cartographier, aussi bien dans la langue de Molière que de Cervantès, non sans curiosité juvénile mais surtout avec une studieuse application, chaque recoin de mon organe cardiaque – dont je savais déjà les parois et reliefs trop fragiles- mais aussi à tenter l’esquisse de ces trop nombreuses connexions radiculaires au travers desquelles percolaient tous azimuts, de l’esprit vers le coeur, mes humeurs éthériques teignant pour de bon mon âme d’un idéalisme très ‘Quichotien’. Assistée par pléthore d’écrivains aux noms improbables autant que de précieux anges-gardiens, je me préparais avec panache au plus grand combat de ma vie : affronter les moulins à vent surgissant de toutes parts, en marge de l’édification de mes châteaux en Espagne. Tout un programme je vous le concède, mais c’était un vrai kif et d’ailleurs…çà l’est toujours !

La littérature, drogue dure, tendre refuge ou vaine religion devint un sacré passe-temps pour raccourcir l’attente dans l’antichambre de ma jeune vie, celle qui me rongeait de l’intérieur, toujours dans l’excès bien évidemment. Et pour cause, je tentais d’apprivoiser la langue de Cervantès à l’écrit au même titre que de nouveaux auteurs relatant les mêmes désillusions amoureuses avec plus ou moins de flamboyance et de talent et qui, surtout, résonnaient étrangement face aux miennes. Par ce nouveau prisme culturel et presque toujours contrariés par les us et coutumes d’une époque qui ne les comprenait guère, je découvrais comment ils avaient, eux aussi, survécu à leurs transports intérieurs, leurs effets secondaires délétères et surtout les propositions nouvelles qu’ils me suggéraient pour sortir de ce bourbier ! Je me délectais de cette nourriture romanesque autant que de calamares a la romana opérant peu à peu des transformations irréversibles sur mon jeune esprit mais hélas également sur mes courbes fessières déjà trop plantureuses. Ainsi, je crois n’avoir jamais autant apprivoisé ‘l’Attente’ qu’en cette période de ma courte existence, exacerbée par les trois principaux moteurs de l’amour platonique : l’absence, la distance et le temps contre lesquels il me semblait déjà vain de lutter. Faut-il préciser qu’il me faudra encore quelques années de plus au compteur pour me convaincre, vaille que vaille, qu’il ne faut jamais rien attendre dans la Vie ! Le temps, le temps et puis rien d’autre, le tien le mien, celui qu’on veut nôtre…Ne pas attendre ni se faire voler son temps par autrui, par des Chimères, c’est précisément l’énigme-clé à résoudre ou alors peut-être déjà même la réponse à mes questions de toujours. Un vrai combat quotidien ces sacrées Chimères ! Toujours une d’ailleurs pour rappliquer dans votre dos quand on ne l’attend pas. Mais comme je ne suis toujours pas sage, je continue d’attendre… mais quoi ?

Certes, au cours de cette vingt-troisième année de vie, l’attente de cette fameuse lettre d’encre et de papier écrite de ‘sa’ main, dura plus de six semaines. Le temps nécessaire pour s’affranchir de cette bien longue distance géographique qui séparait la rue des Mille Mètres à Bruxelles du 5, Calle Hernando de Soto, 3ème étage à Cáceres. Cela me parût bien évidemment une éternité ! Les amoureux du monde entier le savent bien : le temps est toujours trop long pour ceux qui aiment, et plus interminable encore à distance…Mais ce jour béni du ciel arriva ! Les prochaines lignes sembleront sans doute surréalistes, voire extra-terrestres aux moins de trente ans et je m’en excuse d’avance auprès d’eux. Ce témoignage leur évoquera peut-être un voyage dans le temps, pas si éloigné que çà malgré tout. Nous ne sommes pas encore de vrais dinosaures, tandis que nous ne connaissions pas encore les FB, Twitter et Instagram ouf ! Autres mœurs, autre époque…

Quel plaisir brut et intense, quelle ivresse vous inonde le cœur lorsque recevoir ‘enfin’ la lettre tant attendue d’un être cher s’apparente presque à une expérience mystique. D’abord, une vision improbable et presque floue : oui une lettre est bien posée contre ma porte et je la distingue malgré l’obscurité du couloir, poussée d’adrénaline…c’est bien son écriture que je devine. « Au secours, j’ai le cœur à marée haute « !!! Ensuite, je m’agenouille pour la saisir en m’assurant que je ne rêve pas… Non, elle est bien là, un rêve inespéré s’est posé juste à mes pieds après être passé de mains en mains et avoir traversé des routes, deux frontières et encore des pueblos et des routes… Quelle ivresse indescriptible, je la serre tout contre mon cœur tel un talisman, juste avant de la décacheter religieusement pour ne surtout rien abîmer de ce fragile papier. « Toutes mes fluides hormonaux entrent en ébullition…trop d’émotions me submergent ». Six semaines de misère cérébrale et de torture cardiaque pour un instant d’éternité, noyade assurée et cependant j’achète et je rachète encore!!!! Puis, entre deux brise-la(r)mes, la sortir délicatement de son enveloppe et respirer l’odeur du papier que ses doigts avaient caressé, peut-être vers vingt-trois heures trente, après sa trop lourde journée d’étudiant en médecine, trois verre de bière et qu’à ce moment bien précis il pensait à moi avec peut-être, enfin je l’espérais, quelques émotions juvéniles laissées en jachère auréolées surtout de vapeurs alcooliques. Et ensuite, découvrir ces deux feuillets de papier épais pliées en trois, réceptacle de sa concentration et, plus accessoirement, de ses sentiments, enfin ceux que j’eux voulu tendres et passionnés…Mais de mon côté, c’était presque un tsunami intérieur, je chavirais. Mode d’emploi non fourni : me liquéfier en douceur sans trop me hâter pour faire durer le plaisir encore et encore et laisser rebondir amoureusement mon regard sur les courbes régulières d’une écriture tant aimée. Je la savourais tel une praline ‘made in Belgium’ que je laissais fondre délicatement, sur ma langue et dont j’eus voulu garder à jamais la douceur enrobante sous le voile du palais… jusqu’à l’extase. Acte final : me laisser bercer ou plutôt broyer par les flots de mots doux avant de me noyer définitivement dans ce nouvel esclavage aux langueurs tièdes et océanes. Ma nuit s’annonçait blanche tandis que mon âme s’embuait peu à peu aux confins de ces territoires qui m’aspiraient inexorablement vers des clairs-obscurs dignes d’un Vélasquez. C’est certain, je ne sortirai pas vivante de cette tempête de mon cœur ou alors juste à demi, et seulement pour pouvoir disséquer frénétiquement l’anatomie de mes transports faits de beaucoup d’illusions pour m’en sustenter jusqu’à l’écœurement. Ma mise en abyme débuta par une simple lettre et c’est sans doute aussi ce qui m’abîma !

Il est vrai qu’en 1998, l’Espagne et encore moins ma petite université de province ne s’étaient guère encore mis à l’heure de l’informatique. Deux ordinateurs pour toute une faculté m’avaient résolument fait pencher pour la correspondance classique et c’est avec bonheur que je prenais ma plume quotidienne pour garder ce contact si viscéral ‘with my beloved’ et davantage encore avec ‘Lui’. Dans ces missives, j’étais intarissable sur le dépaysement que je vivais au quotidien dans ma chair et je leur contais déjà à grand renfort de détails mes aventures ibériques et accessoirement mes tourments amoureux ! Ainsi, comme vous venez de le lire, le souvenir que m’évoque aujourd’hui la découverte de cette première lettre signée de sa main et posée devant ma porte s’apparente à une véritable petite ‘madeleine de Proust’. Et comme si ce fut hier, relire cette lettre aujourd’hui me propulse encore en une fraction de seconde en ce début novembre 1998. Peut-être souhaitez-vous connaître la suite de l’histoire? Et bien la voici en version moins romantique cette fois. Le pouvoir de l’imagination amoureuse rendant toute histoire plus belle et plus extraordinaire que nulle autre, m’avait tenue éloignée d’une réalité certes affligeante : il ne m’aimait point et déjà s’était lancé dans d’autres conquêtes, plus physiques et à portée de main cette fois ! Le côté, somme toute, relativement trivial des propos qu’il m’avait couché sur le papier ne m’avait, de prime abord, pas forcément sauté aux yeux mais j’étais bel et bien tombé sur un Don Juan ! Et pour cause,un coeur amoureux s’attache toujours à retrouver, avec ardeur et un zèle certain, le moindre indice du penchant sentimental -souvent supposé- éprouvé par l’autre… Pour la majorité, une missive d’une neutralité affligeante, tout simplement ! Le retour sur terre me fut particulièrement cruel et n’eut véritablement lieu qu’à mon retour d’Espagne, à la fin du mois de mars 1999, après ma fiesta española… Mes châteaux en Espagne tombèrent de très haut pour se fracasser dans ce précipice poussiéreux qui, après avoir recueilli leurs ruines offrit le plus parfait tombeau afin d’ y enterrer, une fois pour toutes, mes illusions romantiques juvéniles. Et pour cause, le seul de mes invités à ne même pas avoir dansé avec moi, le seul à vouloir se mettre en retrait sur toutes mes photos d’anniversaire, le seul à ne jamais avoir su ce qu’il était venu célébrer à mes côtés, c’était lui, lui et encore ‘Lui’ !

Avec le recul du temps, mon séjour me parut d’autant plus romantique – au sens littéraire du terme – car il en avait alimenté tous ses poncifs : l’illusion, l’idéalisation, l’inachevé et le culte de ce qui est définitivement révolu mais qu’on voudrait tant ressusciter. Le trousseau ne serait pas parfaitement bouclé sans le goût prononcé pour la complexité, les tourments alambiqués sans issue possible et par conséquent sa composante majeure : le mélo-dramatique frisant un masochisme pleinement assumé!! Aujourd’hui je ne regrette absolument rien de ce que cette expérience amoureuse m’aura enseigné sur mon caractère, au travers de ces moments d’ivresse incommensurable autant que de ces chagrins insensés. A vrai dire, cela s’appelle ‘être une personne entière et passionnée’ et à mes yeux, avec tous les dangers que cela comporte encore, il ne faut jamais cesser de l’être, même à trente-six ans ! L’altruisme et l’ouverture sur le monde me firent comprendre comment on pouvait parfois prendre congé de nos tourments intérieurs et que cela ne retranchait absolument rien au caractère passionné de l’être…

Au final, quelle chance d’avoir connu la fin d’une époque, celle du papier, des vraies plumes ou même des cartes postales et des timbres de collection ! Quelle tristesse de les savoir se perdre désormais dans les tiroirs de nos anciens bureaux. L’occasion de parler du tournant de la civilisation que m’avait expliqué, il y a quelque temps déjà, Monsieur Hambenne, professeur de latin et français à Saint-Michel . Une révolution entamée au début des années 2000 avec l’avènement de l’Internet. En tant que prof, et donc constamment en contact avec la jeunesse actuelle, il me confia que ce changement de paradigme s’avéra aussi radical et bouleversant que ne le fut l’avènement de l’imprimerie à la Renaissance. A cette époque, il y eut la transition entre la pierre et le papier et cinq siècles plus tard, il y eut l’avènement, voire la suprématie de l’ère virtuelle. Ce changement de civilisation balaya tout et rien ne serait plus jamais comme avant : les recherches en bibliothèques, les présentations diapositives avant les PPT, les nouvelles et travaux tapés à la machine à grand renfort de Tip-ex ou les dissertations que nous pondions nous-mêmes de A à Z, tout fut définitivement balayé par l’ère du ‘Copy paste’ à la sauce Wiki… La jeunesse actuelle n’en a cure mais peut-être avions-nous davantage de mérite? Peut-être, endossions-nous totalement la responsabilité face à nos succès et nos échecs? Je fus bouleversée par ce qu’il venait de me révéler car je songeais à cette chance que nous avions connue, nous la génération des seventies et des eighties, celle d’incarner le dernier maillon de la civilisation du papier. Les derniers à avoir connu ce temps où tout allait encore lentement, où l’on prenait le temps d’écrire, de lire, d’apprendre et de se parler yeux dans les yeux…Ce temps où l’on attendait le cœur battant le coup de fil d’un ou d’une amoureuse, filtré par un paternel souvent trop sévère. Point de mails, ni de textos et pourtant, avec quelle intensité ne savourions-nous pas ces moments d’adolescence insouciante ? Car nous en connaissions le prix et tout vient à point à qui sait attendre ! Il s’agit là, à n’en point douter, de vrais trésors perdus…

Mon lit d’étudiante !

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