Córdoba l’arabo-andalouse…

Mais déjà il est temps pour moi de prendre congé de Cáceres, j’espère à bientôt : ‘Hasta luego’ comme préfèrent le dire les espagnols ! Après quelques longueurs dans la piscine municipale du Parque del Principe et une mini-bronzette, j’ai tout juste  le temps de rejoindre la station de bus pour la dernière connexion du jour à 16h45, direction Cordoue. Cinq longues heures de voyages m’attendent, que je convertirai très rapidement en trois heures trente d’écriture et de tri de photos. Le voyage passa comme une fumée malgré la distance parcourue et je découvre avec joie cette joyeuse route du Sud . Petit à petit, l’Andalousie commence à sourdre dans toute sa splendeur des paysages défilant devant mes vitres. La campagne piquée par des centaines de milliers d’oliviers revêt alors une palette de tons plus ocres et plus roussis  et les austères  habitations d’Estrémadure cèdent leur place aux riantes façades d’haciendas blanchies à la chaux, surmontées par le traditionnel petit clocher. Dix heures ont sonné quand je pose enfin le pied dans la belle Cordoue et lestée de mes encombrants bagages  je retrouve rapidement le chemin du petit hôtel que j’avais expressément réservé près de la station de bus. Le temps de me doucher et de trouver le premier bar venu pour déguster  quelques tapas ! 

Et comme d’habitude,  voici quelques lignes concernant la Grande Histoire de Cordoue :

Déjà célèbre à l’Antiquité, Cordoue vit naître Sénèque le Rhéteur en 39 après JC, ainsi que son fils , le stoïcien Sénèque le Philosophe mais s’agrandira véritablement sous l’ère musulmane. Dès 719 la dynastie d’émirs issus des Omeyades installent le Califat de Cordoue mais ce n’est qu’au Xème siècle que la ville connaîtra son apogée avec la Dynastie de Abd el-Rahman II, calife qui affirmera sa puissance et l’Indépendance de l’Espagne. C’est le siècle de cohabitation harmonieuse des cultures issues des trois grandes religions monothéistes: chrétienne, juive et musulmane engendrant une ouverture d’esprit et un enrichissement mutuel dans tous les domaines et sans commune mesure. Hélas, dès le début du XIème siècle,  les guerres contre les chrétiens et les luttes intestines auront raison de cette période de prospérité et le territoire se morcèlera bientôt en petits royaumes des Taifas.  En 1070, Cordoue sera incorporée au Royaume de Séville. Mais cette décadence politique n’affectera en rien l’effervescence intellectuelle puisqu’elle permit à de nombreux physiciens, mathématiciens et astrologues de briller dans leurs disciplines respectives à l’instar du célèbre juif Maïmonide ( 1135-1204),célèbre médecin, théologien et philosophe qui fit découvrir à l’Occident la philosophie d’Aristote. Ce dernier, pour fuir les nombreuses persécutions, finit d’ailleurs  par s’exiler définitivement au Maroc puis en Egypte pour devenir médecin à la Cour du sultan . Cordoue fut définitivement reconquise en 1236 par les chrétiens pour connaître un période d’appauvrissement. Elle recouvrira de sa superbe au XVI et XVIIème siècle grâce au commerce et entre autre à l’artisanat du cuir, appelé ‘cordouanneries’, cuirs repoussés aux motifs polychromés dont les artisans d’aujourd’hui connaissent encore tous les secrets de fabrication.

La ville de Cordoue, c’est bien évidemment l’ambiance andalouse qui affleure à chaque ruelle typique de la ville ancienne et que l’on tombe un peu par accident sur un charmant patio fleuri dont la petite fontaine rafraîchira les voyageurs accablés par une chaleur difficilement supportable entre 14 et 18h00. Richement décorées à grands renfort de galerie d’arcades, de peintures colorées et de centaines de pots de géraniums apportant cette touche fleurie écarlate, les patios  andalous font le bonheur des photographes amateurs venus du monde entier. Cordoue, c’est aussi ces femmes fières et élégantes aux cheveux tirés en sombres chignons en pleine session de shopping, ou en pleine discussions dans les magasin d’accessoires féminins ou se promenant nonchalamment sous les grands parasols de rues, tendus d’un immeuble à l’autre… Sans oublier ses bars et ‘mesones’ typiques très animés à l’heure du déjeuner où l’on vient en famille  déguster tapas et autres raciones arrosés d’un ‘tinto de verano’, le fameux vin d’été, ma petite faiblesse du séjour ! Et bien que le quartier soit touristique, il faut véritablement se perdre dans le dédale de  ses ruelles blanchies à la chaux pour pénétrer l’âme de la judería , l’ancien quartier juif attenant à la Mezquita et découvrir des scènes de vie ignorées par les touristes pressés. L’artisan confectionnant un bijou finement ciselé en argent, un petit musée méconnu comme celui  del Arte Andalous ou d’anciennes chapelles dont on ne retrouvera jamais le chemin une seconde fois !

Et ma  première destination de ce vendredi matin  sera bien évidemment la grandiose  Mezquita, monument unique au monde, témoin du parfait mariage entre civilisation musulmane et chrétienne et dans laquelle j’ai erré avec admiration et humilité pendant plus de deux heures… On y pénètre d’abord par l’originale ‘Porte du Pardon’, pour franchir le paisible patio de los Naranjeros, ‘le patio des orangers’ agrémenté par une jolie fontaine rectangulaire de marbre blanc. Et lorsqu’on pénètre véritablement dans la mosquée, c’est une forêt de colonnes surmontées par le génial système de double ‘arc en fer à cheval’, rehaussant  la hauteur des plafonds qui surgit d’une semi-obscurité religieuse. Les trésors qu’elle recèle sont en effet innombrables et chaque parcours engendre de nouvelles découvertes : un détail iconographique, une X ème chapelle, un bas-relief, une statue que je n’avais pas encore remarqués… La construction du tout premier édifice remonte à 785 après J.-C. sur les ruines de l’ancienne église Saint-Vincent des chrétiens martyrs. A cette époque la mosquée sera d’ailleurs considérée comme l’une des plus importantes de l’Islam d’Occident. Elle connaîtra plusieurs phases de construction. La première partie s’inspire de la distribution habituelle d’une mosquée : une enceinte, la cour d’ablutions et ensuite la salle de prière, mais l’influence de l’art hispano roman demeure indéniable non seulement  dans la conception du plan de ses nefs, perpendiculaire au mur de la Quibla ( le mur arrière du Mihrab se devant d’être orienté vers la Mecque et qui ici ne l’est point) mais aussi dans l’alternance de briques rouges et de pierres beige ornant les arcs doubles, d’inspiration hispano-mauresque. Le calife Abd al Rahman II apportera le premier agrandissement majeur de  la Mezquita dans cette deuxième phase de transformation, lui ajoutant entre autre son minaret. A la troisième  période, l’agrandissement sera si original et si riche que Cordoue deviendra un véritable référence pour celle de Damas. L’ultime transformation musulmane se limitera à l’ajout- peu original- de huit nefs tout au long de la façade Est.

Mais la période qui lui confère sa plus grande originalité actuelle sera  bien évidemment celle de la transformation chrétienne lorsque le roi Ferdinand III reconquiert Cordoue en 1236. Ainsi un premier sanctuaire fut érigé en 1236 à l’endroit même où se pratiquaient les rites d’une foi étrangère et dont il fallait en occulter les symboles. C’est pourquoi, peu à peu on y apporta des éléments d’ornementation propres au culte chrétien. Ainsi, sous le règne de Charles-Quint, au début du 16ème, siècle,  d’autres transformations importantes furent apportés à la Cathédrale. Le résulta en sera le plan en croix latine, intégrant parfaitement les structures califales dans l’œuvre gothique, renaissante et baroque. Par conséquent, le Chœur sera recouvert d’une voûte inspirée de la Chapelle Sixtine et un somptueux et imposant retable polychromé réalisé sous la direction d’Alonso Mathias en achèvera la décoration. Mais polémique il y eut tout de même concernant cette nouvelle cathédrale puisque Charles-Quint, en personne, adressera son mécontentement  à l’architecte et lui dira ceci: « Vous avez détruit ici ce que l’on ne peut voir nulle part ailleurs dans le monde pour construire ce que l’on voit partout ! » Avec cinq siècles de recul, l’empereur s’était-il sans doute trompé car de cet étrange mariage d’art gothique et mauresque,  à l’instar des enfants métissés, se dégage une magnificence unique admirée  par tous les citoyens du monde, au-delà des barrières religieuses !

Et pour terminer, voici une petite réflexion figurant sur le dépliant de la Cathédrale- en français s’il vous plaît !

« La visite de la Cathédrale de Cordoue peut éveiller l’exigence d’une Beauté encore plus grande qui ne décline pas avec le temps. Car la beauté, de la même manière que la Vérité et la Bonté, constituent l’antidote contre le pessimisme, une invitation à aimer davantage la Vie, un mouvement de l’âme qui provoque la nostalgie de Dieu.»

12 octubre 1998- Séville avec mes amies Léonie et Anja

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